Les batéké

Masque batéké

L’une des ethnies majoritaires du Congo. Elle représente environ 23% de la population congolaise et se divise en plusieurs sous-groupes qui se répartissent sur des sphères géographiques différentes. A l’intérieur du Congo, une classification permet de distinguer les Téké des Plateaux proprement dits de ceux de l’Ouest (Laali, Teké, Tsangui, Nzabi, Bamba, etc.) ou des forêts et de ceux du Nord (Koukouya, Bangangoulou, Tégué-Alima, etc.) ou des rivières. Au delà des frontières nationales, clairement identifiées par les historiens. Plusieurs écrits les remontent entre les XIVéme ct XVIIème siècles.

Organisation politique et administrative

Femmes batéké

Femmes batéké

Elle se fondait sur le régime matrilinéaire instauré par les téké. Makoko choisi selon les règles traditionnelles était entouré d’une cour à laquelle étaient dévolues des fonctions poilitiques essentielles, comme le tissage de son bonnet (Mutizi, sorte de Premier ministre), l’intérim en cas d’absence du roi (Ngalieme. “vice-roi »), la collecte d’impôts destinés au roi (Ngandunu), la direction des troupes guerrières (le Ngayiiiu, ministre des forces années). Au sein de cette cour se regroupaient plusieurs autres petits seigneurs affectés aux tâches diverses, telles que la présidence des cérémonies royales (Ngaïpam), la garde des frontières (Ngantsu), le chef cuisinier du roi (Ngaïmpo) et la surveillance du roi (le Ngobila). Cette organisation politique du pouvoir devait néanmoins s‘affaiblir a partir du XVIIème siècle à cause de l’émergence des petits chefs de “provinces » jadis nommés par le roi qui devaient acquérir au XVIIIème siècle leur pleine autonomie.

Makoko

Un makoko (roi des téké)

Ainsi, émergèrent des États téké indépendants au-delà de la rive gauche du fleuve (Fungeno (fumu) et Boma) et autour même de la capitale (Mbey. Mfoa, N’fo, M’buma).

Mode de vie économique et sociale

La société téké était principalement fondée sur la cellule clanique au sein de laquelle le chef de famille avait une place importante. Il devait assurer protection et éducation à sa progéniture, mais pouvait aussi punir en cas de faute grave ou même exclure le coupable du clan. Cette autorité avait besoin pour devenir forte d’une famille nombreuse que rendaient possibles les mariages polygames et la présence des esclaves de cases.

CONGO . FRANCAIS . FAMILLE BATEKE

Famille batéké devant sa case

Croyant à un Dieu créateur de l’univers (Nzambi), les téké vénéraient pourtant les esprits des ancêtres. Ils recouraient aux fétiches pour se protéger contre les forces maléfiques et pour avoir de la chance dans les activités quotidiennes (chasse, pêche, etc.). Les villages téké étaient coiffés par de chefs (Ngantsié) qui cédaient leurs terres aux autres membres du groupe moyennant rétribution. L’activité économique dans le royaume laissait entrevoit plusieurs types de métiers (artisans pêcheurs, forgerons, chasseurs, etc.). Bien avant l’arrivée des européens, les téké s’étaient rendus maitres ans l’art d’exploiter le cuivre enfoui autour de Boko-Songho et de Mindouli. A partir du fer extrait, ils fabriquaient des bijoux, des ornements royaux ou des armes de guerre qui devaient le rendre redoutables auprès des peuples du royaume Kongo. Néanmoins, les téké ont entretenu à diverses époques des relations commerciales avec ceux-ci. A l’installation portugaise chez les kongo, ils partaient dans ce royaume pour troquer les esclaves contre le sel et autres biens manufacturés d’Europe. Avec le développement de la traite négrière, ils devinrent les principaux fournisseurs d’esclaves destinés aux champs de plantation des Amériques.

Art téké

Comme tous les autres peuples, les téké avaient leur conception du beau. Elle s’est particulièrement manifestée par l’inscription sur le visage des nouveaux nés des balafres verticaux comme signes d’appartenance à une même communauté religieuse et politique. Très ouverte aux influences Kongo, les sculptures téké ont pérennisé certains aspects de leur vie sociale. De style cubiste aux petites formes, ces figures représentaient soit une tête, soit une figure de femme à deux têtes (Mazinga) étaient destinée à des fonctions religieuses (Bilongo) ou magiques. Ils ont aussi fabriqué des instruments de musique, des colliers et autres objets rituels. Cet art s’est adapté à la diversité du peuple téké vivant aussi bien des deux côtés du fleuve que sur le territoire de l’actuel Gabon.

Bibliographie

  1. Marcel Soret. Les Téké de l’est : Essai sur l’adaptation d’une population à son milieu, 1970, Lyon, Faculté des lettres cl sciences humaines.
  2. Abraham Ndinga-Mbo, brève histoire du Congo jusqu’à l’arrivée des Français, in Notre Librairie, n° 92-93, mars-mai 1938,
  3. Littérature congolaise, p.p. 40-43. Jean-Michel Wagret, Op cit., p. 125,125.
  4. Pierre Vennetier, Atlas de la République populaire du Congo, 1974,  Jeune Afrique, P. 20-21.
  5. Albert Dolisie, Notice sur les chefs batékés, Bulletin de  la Société des Recherches Congolaises, n°8, 1927, p.p. 44-49.

Site internet portant sur la civilisation téké.

Sources

Philippe Moukoko, Dictionnaire général du Congo Brazzaville, L’Harmattan Editeur, Paris 1999, p p. 342-344