LES ORIGINES DU PROJET D’AMENAGEMENT HYDROELECTRIQUE DU KOUILOU – Mission Darnault

Il ne semble pas qu’on se soit soucié d’inventorier de façon systématique les forces hydrauliques de l’AFRIQUE EQUATORIALE FRANCAISE avant 1926.

Mais à cette époque (Août 1926) et sous l’impulsion de M. le Gouverneur Général ANTONETTI et de M. Léon PERRIER, Ministre des Colonies, une Mission dirigée par M. l’Ingénieur Paul DARNAULT[i] est chargée de procéder à cette prospection, en vue notamment de l’électrification du Chemin de Fer CONGO-OCEAN, mais aussi « pour l’alimentation en énergie des Centres de consommation ».

Cette Mission entreprend alors une reconnaissance générale des fleuves et rivières sur lesquelles des chutes ou rapides lui ont été signalés par les Chefs de villages et de tribus,convoqués à cet effet par les Services locaux de l’Administration. Et, bien entendu, le Kouilou-Niari (Kouilou dans son cours inférieur, NIARI dans son cours supérieur) est du nombre.

Dans son rapport d’ensemble,de Mission (édité en 1931 par la librairie LAROSE, 11, rue Victor Cousin – Paris), M. DARNAULT indique en effet(p.15 et 16) avoir reconnu le bassin de ce fleuve et, en particulier, être passé à KAKAMOEKA le 16 septembre 1927, venant de la LOUESSE par N’TIMA. (Il désire alors s’arrêter à KAKAMOEKA mais M. DUCHEMIN, qui l’accompagne, a les jambes dans un tel état qu’ils doivent rejoindre au plus tôt Bas-Kouilou et Pointe-Noire).

Il note par ailleurs (p.138) :

« A partir de MAKABANA, le Niari qui prend le nom de KOUILOU change brusquement de direction pour couper perpendiculairement la Chaîne du MAYOMBE qu’il franchit entre MAKABANA et les PORTES DE N’GOTOU. Sur une longueur de 69 Kms le fleuve dot descendre de 47 m.de hauteur en formant sept Biefs calmes et profonds, séparés par des rapides franchis parfois par des petits bateaux » ;

Et il ajoute(p.139) :

« A KOUSSOUNDA[ii], à quelques kilomètres en amont de KAKAMOEKA près du confluent de la rivière MANGI, le NIARI a un rapide de 2m40 de dénivelée et sa vallée est très encaissée. Il serait possible d’établir un barrage relevant le niveau du bief supérieur en créant une chute de 8 mètres.

Aucun jaugeage n’a pu être fait dans le cours inférieur du KOUILOU, mais d’après ceux auxquels il a été procédé dans le cours supérieur et sur les principaux affluents, on peut compter sur un débit de 300 m3 à l’étiage.

Cet aménagement pourrait ainsi fournir une puissance de 24.000 poncelets[iii]bruts à l’étiage.

Aucun levé n’a été fait de ces chutes, les renseignements donnés le sont seulement à titre d’indication. »

Il ne semble donc pas qu’à l’époque, M. DARNAULT ait pu entrevoir les ressources énergétiques considérables du Kouilou.

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Après la guerre mondiale1939/1945 ? Le Ministre de la FRANCE D’OUTRE-MER, agissant dans le cadre de la loi du 30 avril 1946 « tendant à l’établissement, au financement et à l’exécution des plans d’équipement et de développement des territoires relevant du MINISTERE de la FRANCE D’OUTRE-MER »,décide de compléter les renseignements recueillis par la mission DARNAULT en vue de résiliations paraissaient plus intéressantes dans l’immédiat.

Dans ce but, il charge ELECTRICITE DE FRANCE, par Convention du 2 juillet 1947 modifiée par Avenant du 7 avril 1949, d’établir un avant-projet de certains équipements hydroélectriques, dans lesquels celui du Kouilou n’est d’ailleurs pas compris.

Au cours de la mission dont il est chargé, à cet effet, M. H. de MAUBLANC, ingénieur à ELECTRICITE DE FRANCE – SERVICE DES ETUDES D’OUTRE-MER, effectue cependant la prospection sommaire de différents cours d’eau et régions susceptibles d’un éventuel aménagement et remonte ainsi le KOUILOU jusqu’à KAKAMOEKA mais il ne va pas plus avant, l’importance de ce fleuve lui paraissant être hors de proportion avec les besoins évalués à ce moment là.

Il indique, en effet, à ce sujet dans son RAPPORT GENERAL de Mission (1947-1948) :« Quelques rapides aux PORTES DE N’GOTOU et en amont de KAKAMOEKA mériteraient d’être étudiés pour un très gros aménagement. Cette étude n’a pas été entreprise, les travaux, à priori, étant sans rapport &avec les perspectives actuelles du développement de la consommation. »
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Plus tard, en 1950, M. le Gouverneur LE LAYEC, Chef de Territoire du MOYEN-CONGO, se préoccupant d’alimenter lerégion de POINTE-NOIRE en énergie électrique d’origine hydraulique, demande à la société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F.[iv]de lui indiquer dans quelles conditions elle pourrait étudier ce problème.

Le 5 avril 1951n M. VIVIER,Directeur Général de la Société, fait part à ELECTRICITE DE France, son Ingénieur Conseil, de sesentretiens à ce sujet avec M. le Gouverneur LE LAYEC et lui demande d’envisagerun programme pour la reprise des études de l’aménagement de la LOEME (déjà prospectée par les Missions DARNAULT et de MAUBLANC) et une reconnaissance des chutes du KOUILOU.

M. le Gouverneur LE LAYEC informe d’ailleurs M. VIVIER le 13 avril que le CONSEIL REPRESENTATIF DU MOYEN CONGO aapprouvé l’inscription d’un crédit de 3 millions de FCFA pour procéder aux études nécessaires, et l’invite à lui soumettre un projet de convention correspondant.

Cette convention entre le Territoire du Moyen-Congo et la société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F., approuvée le 5 septembre 1951, charge cette dernière,moyennant la somme de 3 millions de fracs CFA, de procéder dans un délai d’unan à « l’étude des possibilités d’alimenter la région de POINTE-NOIRE en énergie hydraulique », sans autres précisions.

Aucun travail correspondant n’ayant pu être effectué jusqu’au début de 1952, M. MAUGAS – Qui a remplacé M.VIVIER – demande audience le 18 février à M. le Gouverneur LE LAYEC pour fixer d’un commun accord l’étendue pratique de la convention et, en particulier,l’ordre de grandeur de la puissance pour laquelle les possibilités d’un aménagement doivent être recherchées.

L’entretien à lieu à POINTE-NOIREle 23 février entre M. le Gouverneur LE LAYEC et M. MONIER, Chef du Service des Travaux Publics du MOYEN-CONGO d’ne part, et MM. MAUGAS et H. de MAUBLANC,alors Chef du Centre A.E.F. d’ELECTRICITE DE FRANCE – Service des ETUDES d’OUTRE-MER, d’autre part.

Il est alors notamment convenu :

–       Que la puissance à prévoir doit être de l’ordre de 7.000 à 9.000kW (pour les besoins de la ville de POINTE-NOIRE et d’une ou plusieurs usines de moyenne importance, en particulier une usine de pâte à papier dont on envisage alors l’installation dans la région) ;

–       Et qu’on poursuivra plus spécialement les études de l’aménagement de la LOEME.

M. MONIER qui, au cours de voyages en avion entre POINTE-NOIRE et le Nord du Territoire, a été frappé à maintes reprises par la Gorge de KOUSSOUNDA, insiste toutefois pour que,l’occasion en étant ainsi offerte, on procède au moins à une reconnaissance des Chutes du KOUILOU dont on ne connaît guère alors que l’existence, du moins le croit-on à cette époque[v].

Bien qu’on se trouve alors en pleine saison des pluies, époque peu favorable pour un tel travail, il fautpourtant se résoudre à effectuer cette reconnaissance pour respecter le délai fixé par la Convention.

E, par note de service du 22 mars1952, M. MAUGAS charge M. CAZAUX, Agent Technique de la société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F., d’une mission sur le terrant – à effectuer sous le contrôle de M. SALIGNE, Chef du Service Equipement de la Société – mission dontle programme comporte notamment « une reconnaissance des possibilités d’équipement du KOUILOU aux environs de N’GOTOU, des rapides de KAKAMOEKA et en amont de ceux-ci, en vue d’un aménagement capable de 7.000 à 8.000 kW.

M. CAZAUX se rend alors à POINTE-NOIRE pour y prendre les contacts nécessaires, s’assurer des conditions matérielles dans lesquelles il pourra exécuter sa mission et préparer celle-ci.Le 2 avril 1952, accompagné de M. VIALA de la SOCIETE GENERALE d’ENTREPRISES,il survole le fleuve ainsi que ses principaux affluents dans un avion de l’AERO-CLUB de PINTE-NOIRE piloté par le Moniteur du Club, et prend une série de photographies intéressantes. Au retour, l’avion coupe d’ailleurs un câble téléphonique à BAS-KOUILOU et c’est miracle que cet accident n’ait pas de conséquences plus graves .

M. CAZAUX rentre ensuite à BRAZZAVILLE, met la dernière main à ses préparatifs et repart le 14 avril, accompagné de M. LEBRUN, topographe de la Société.

Comme le font normalement les forestiers, ils gagnent KAKAMOEKA, par POINTE-NOIRE et la route côtière de POINTE-NOIRE à BAS-KOUILOU, puis, remontant le fleuve sur lequel la navigation est possible en toutes saisons jusqu’à l’embarcadère de KAKAMOEKA, pour des bateaux de 80 à 100T et de tirant d’eau inférieur à 1m50.

Un petit vapeur à l'embarcadère de Kakamoéka

Un petit vapeur à l’embarcadère de Kakamoéka

 

Dans son premier rapport, M. CAZAUX indique que le 18 avril ils ont fait environ 4 Km à partir de KAKAMOEKA en suivant sensiblement la rive gauche du fleuve, puis :
« 19 avril – Ce n’est qu’au 12èmekilomètre que nous avons constaté que le guide nous conduisait dans une direction opposée . Nous avons eu confirmation par les agents de la SOCIETE FORESTIERE du NIARI[vi]d’une légende relevant du fétichisme indigène, attribué aux rapides de KOUSSOUNDA, qui en interdisent l’accès. »

Sans se décourager, MM. CAZAUX etLEBRUN reprennent pourtant leur prospection, mais malgré les facilités qui leur ont été données par M. BRISSARD de la SOCIETE FORESTIERE du NIARI, ils télégraphient de POINTE-NOIRE, le 2 mai :
« Avons abandonné travaux KOUSSOUNDA….. cause relief très accidenté, rives impraticables en hautes eaux,Pluies abondantes. »

Dans son rapport qui suit ce télégramme, M. CAZAUX confirme d’ailleurs :
« Nous avons établi notre camp le 24avril au soir sur les bords de la N’GOLOU[vii]. Dans cette région, le terrain est très accidenté et il n’existe pas de piste se dirigeant vers les rapides. Depuis ce camp, nous avons progressé en taillant notre piste et en nous dirigeant à la boussole .
La reconnaissance du 26 avril nous a menés sur le MOMBI à environ 300m de son confluent avec le KOUILOU. Ce confluent se trouve à la limite aval des rapides.Les rives formées par les falaises nous ont empêchés de descendre le MOMBI.
Actuellement, en hautes eaux, le profil en long des rapides est impossible à exécuter, mais pourrait être effectué rapidement en saison sèche en utilisant la rive du fleuve, dégagée en basses eaux. En outre, en cette saison, l’accès à KOUSSOUNDA se fait par la piste de la LOUBA reconnue le 21 avril, et en remontant le KOUILOU par les bancs de sable. »

Le 12 mai, M. MAUGAS rend compte a M. le Gouverneur CHAMBON (qui a succédé à M. LE LAYEC comme Chef du Territoire de MOYEN-CONGO) et à M. MONIER de l’impossibilité de poursuivre en ce moment la reconnaissance du KOUILOU et demande à ce que le délai fixé par la Conventions du 5 septembre 1951 soit reporté au 31 décembre 1952. Il en est ainsi convenu.

MM. CAZAUX et LEBRUN reprennent alors les études de la LOEME, mais fatigués et malades, ils sont contraints,peu après de regagner POINTE-NOIRE.

Le concours d’ELECTRICITE de France – SERVICE des ETUDES d’OUTRE-MERqui est l’ingénieur conseil de la Société ENERGIE ELECTRISUE d’A.E.F. ayant été sollicité entre temps pour l’établissement du dossier correspondant à la Convention du 5 septembre 1951, un entretien a lieu, à ce sujet, à BRAZZAVILLE le 26 juin 1952 entre M. RODIER, Chef du Département Hydrologie du dit Service,M. AIME, Ingénieur hydrologue chargé de recherches à l’OFFICE OUTRE-MER et M. SALIGNE, Chef du Service Equipement de la Société.

Le compte rendu de cette réunion mentionne :

« M. RODIER, estime que si M. CHERVIER, Ingénieur au Département Génie Civil d’ELECTRICITE DE France – OUTRE-MER, qui doit venir prochainement à BRAZZAVILLE pour d’autres questions[viii],doit être chargé de la rédaction du rapport, il serait très utile qu’il se rende sur place. Pour cela M. AIME pourrait accompagner M. CHERVIER au cours d’un voyage organisé en tenant compte des premiers renseignements recueillis par la mission CAZAUX en avril.
En ce qui concerne le KOUILOU, ce voyage durerait une semaine environ en partant de BAS-KOUILOU dans le grand canot pneumatique à moteur, ce canot ne pouvant toutefois prendre que deux passagers étant donné les réserves (essence,vivres) et le matériel à emporter. »

M.MAUGAS donne son accord sur ce programme et M. AIME est chargé, sur le plan local, de la préparation de cette nouvelle Mission.

Ces préparatifs achevés, M. CHERVIER vient à BRAZZAVILLE comme prévu. Il en part avec M. AIME le 14 juillet et ils arrivent à POINTE-NOIRE après s’être arrêtés voir MM. CAZAUX et LEBRUN qui ont alors repris leurs travaux sur la LOEME.

Ils quittent Pointe-Noire le 19 juillet pour accomplir leur mission de reconnaissance du KOUILOU.

Et bien sûr, on a plus de nouvelles d’eux jusqu’au 27 juillet, date à laquelle, de retour à POINTE-NOIRE, ils télégraphient à M. MAUGAS à BRAZZAVILLE :
« Reconnaissance KOUILOU terminée –Avons atteint KOUSSOUNDA – renseignements intéressants »[ix]

En fait, munis d’un simple croquis établi à partire de levés au 1/50.000° de la concession de la SOCIETE FORESTIERE du NIARI effectués au cours de prospections, et d’ailleurs limités à la rive droite du fleuve, leur randonnée à partir de KAKAMOEKA a duré deux jours.

Le 23juillet, ils remontent tout d’abord le cours du KOUILOU avec leur canot pneumatique propulsé par hors-bord durant 6 heures environ jusqu’au confluent de la NANGI. Là, profitant d’une halte sue le banc de sable situé en  amont du confluent, les deux africains quiles accompagnent s’enfuient dans la forêt « à cause du diable de SOUNDA »en criant ; «  Si vous allez plus loin, la terre va se refermer sur vous ». Sans se laisser intimider, MM. CHERVIER et AIME reprennent seuls la navigation difficile pendant encore 2 heures environ jusqu’au confluent de la LOUBA, où, devant la violence du courant dans le lit miner du fleuve, très rétréci[x],ils mettent pied à terre et poursuivent leur reconnaissance le long de la rive gauche pendant 3 Km, dont partie sur une ancienne piste qu’iles sauront plus tard être la piste JACOB[xi]dont il sera parlé plus loin. Contraints, en raison de l’hure tardive, de rebrousser chemin sans avoir atteint leur but, ils sont cependant persuadés qu’à partir du confluent de la LOUBA, ils pourraient atteindre KOUSSOUNDA en empruntant le lit majeur du fleuve, en grande partie à sec (on est alors en période d’eaux relativement basses).

Rentrés à KAKAMOEKA, ils font part de cette conviction à M. BRISARD, Chef prospecteur de la SOCIETE FORESTIERE du NIARI qui leur propose alors de las conduire lui-même par voie de terre au confluent de la LOUBA.

Le 24 juillet, accompagnée par une dizaine d’africains qu’ils sont parvenus à convaincre, ils partent tous les trois en camion de KAKAMOEKA et font ainsi environ 5 km jusqu’au village de MIONDZI, en utilisant la route récemment construite par la SOCIETE FORESTIERE du NIARI. A partir de MIONDZI, c’est à pied qu’ils poursuivent leur randonnée pendant 6 ou 7 Kms en suivant une pistede prospection de la Société Forestière qui les conduit au KOUILOU, précisément au confluent de la LOUBA[xii]. Ils remontent ensuite le fleuve par son lit majeur pendant 5 ou 6 Km sans trop de difficultés et arrivent ainsi à KOUSSOUNDA.

Victoire !Le site est enfin atteint.

Partis à 5 heures du matin, ils sont de retour à KAKAMOEKA vers 20 heures (de KAKAMOEKA à KOUSSOUNDA il faut avec ces moyens, compter 5 à 6 heures) sans avoir eu ce jour là de difficultés avec les africains.

Il s’agit maintenant d’exploiter les renseignements recueillis par cette Mission au cours de laquelle il est d’ailleurs apparu à M. CHERVIER que le Kouilou présentait des possibilité pour un aménagement infiniment plus important que celui correspondant à la puissance de 8.000 à 9.000 kW alors recherchée.

On va voir comment ce travail sera très facilité par des documents anciens retrouvés par une heureuse fortune et qui permettront, un peu plus tard, l’esquisse d’un aménagement hydroélectrique important qui attirera l’attention sur les ressources énergétiques considérables du fleuve, ressources susceptibles d’être exploitées commodément à KOUSSOUNDA.

Au cours de la préparation, sur le plan local, de la mission qu’il va effectuer avec M. CHERVIER, M. AIME a en effet l’occasion de s’entretenir avec M. GLENISSON, Chef de Service des Archives et Bibliothèques de l’A.E.F. celui-ci ne possède pas à BRAZZAVILLE de documents intéressants sur le KOUILOU mais il indique à . AIME qu’il serait sans doute possible de s’en procurer à PARIS en s’adressant :

–       Soit au SERVICE DES ARCHIVES du MINISTERE de La France d’OUTRE-MER (Chef de Service M. LAROCHE) pour consulter ce dossier : « Fonds Missions – Mission 24 – Ingénieur JACOB – Etude du cours inférieur du NIARI – Rapport – Correspondances » ;

–       Soit au SERVICE GEOGRAPHIQUE du MINISTERE de La Franced’OUTRE-MER (Chef de Service M. PRETECEILLE) ;

–       Soit au DEPARTEMENT CARTES et PLANS de la BLIOTHEQUENATIONALE ;

–       Soit enfin au Siège Social de la SOCIETECOMMERCIALE du KOUILOU-NIARI[xiii]pour se procurer les documents mentionnés dans la « BIBLIOGRAPHIE de L’A.E.F. »de Georges BRUEL, éditée par LAROSE en 1914.

M. GLENISSON signale d’autre partqu’on pourrait consulter avec intérêt un article de l’Ingénieur JACOB paru dansle BULLETIN de la SOCIETE de GEOGRAPHIE de PARIS (1894 TOME XV).

En septembre 1952, M. CHERVIER,de retour à PARIS, se met à la recherche des documents en question.

Il va tout d’abord au SERVICE GEOGRAPHIQUE du MINISTERE de La France d’OUTRE-MER où  M. PRETECEILLE, Chef du Service, lui répond ne posséder aucune archive relative au KOUILOU, mais lui conseille de voir leSERVICE CARTOGRAPHIQUE du MINISTERE de la MARINE.

Et là il découvre par un heureux hasard, un dossier concernant leMission de l’Ingénieur JACOB dans lequel il trouve notamment :

–       Un levé des environs de N’GOTOU effectué à la boussole en septembre 1886 par la Mission Hyrographique ROUVIER ;

–       Un levé planimétrique et altimétrique de la zone des rapides du KOUILOU depuis le confluent de la MANDGI jusque très loin en amont de KAKAMOEKA[xiv] ;

–       3 profils en travers de la Gorge de KOUSSOUNDA ;

–       Des fragments de rapports[xv].

Ces précieux documents, les observations topographiques et géologiques (complétées par quelques photographies) faites par MM. CAZAUX , LEBRUN, CHERVIER et AIME, ainsi que lesrenseignements sur la climatologie et les débits mesurés ou estimés par M.AIME, servent alors de base à l’étude de deux aménagements de 9.000 kW (ordrede grandeur de la puissance recherchée pour POINTE-NOIRE), aménagements quisont proposés dans le dossier[xvi]intitulé « RESSOURCES HYDROELECTRIQUES de la REGION de POINTE-NOIRE »et daté de décembre 1952.[xvii]

Conformément aux dispositions dela Convention du 5 septembre 1951, ce dernier est adressé le 18 mai 1953 par la Société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F. à Monsieur le Gouverneur Chef du Territoire du MOYEN-CONGO.

Il y est d’ailleurs fait de larges allusions aux possibilités d’un aménagement d’une très grande puissance sur le KOUILOU, aménagement suggéré par l’étroitesse de la Gorge de KOUSSOUNDA et l’importance des débits, conditions favorables si heureusement réunies.

Pendant l’établissement de ce dossier, il paraît du reste opportun au SERVICE des ETUDES d’OUTRE-MER d’ELECTRICITE DE FRANCE, de mettre à profit les données qu’il possède pour essayer de se faire une idée du parti qu’il serait possible de tirer du site de KOUSSOUNDA et d’estimer, au moins grossièrement, le coût de l’aménagement correspondant ainsi que du prix de revient de l’énergie susceptible d’être produite.

C’est ainsi qu’est établi un second dossier, daté d’Avril 1953 et intitulé « AMENAGEMENT GRAND KOUILOU – AVANT PROJET SOMMAIRE ». En novembre 1953, il en est extrait une « NOTE SOMMAIRE sur l’AMENAGEMENT du KOUILOU » remise au Gouvernement Général de l’A.E.F. ainsi qu’à diverses personnalités de la Métropole, notamment à celles qui doivent, peu après, se rendre en Afrique Noire pour l’inauguration des nouvelles Centrales du DJOUE au MOYEN-CONGO, d’EDEA au CAMEROUN et de GRANDES-CHUTES en Guinée.

Les électro-chimistes et électro-métallurgistes s’intéressent vivement à ce projet, notamment en raison de la proximité du port de POINTE-NOIRE, et leurs représentants qui visitent le site de KOUSSOUNDA du 24 au 28 janvier 1954 (on sait à ce moment-là, comment y accéder dans de meilleures conditions) en reviennent enthousiasmés.

Et c’est alors qu’il est décidéde procéder aux études complètes de l’aménagement.

Le 10 février 1954, M. MAUGAS adresse à Monsieur le Gouverneur Général CHAUVET, Haut-commissaire de la République Française en A.E.F., un projet de Convention devant permettre de démarrer ces études pendant qu’il est procédé à celles de la voie d’évacuation vers POINTE-NOIRE du minerai de manganèse de FRANCEVILLE, voie qui, vraisemblablement traversera la retenue à créer sur le KOUILOU.

M. le Gouverneur Général CHAUVETrépond, dès le 20 février que la mise au point de cette Convention nécessiteraun certain délai, mais il donne en même temps son accord pour que la Société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F. entreprenne les études sans attendre l’approbation de la dite Convention.

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Si donc, M. l’Ingénieur DARNAULT n’a pas pu pressentir l’importance des ressources énergétiques du KOUILOU[xviii]M. H. de MAUBLANC et M. MONIER en ont bien eu l’intuition, encore qu’ils n’ont certainement pas soupçonné la puissance et l’énergie qu’on pouvait en tirer.

Le véritable « découvreur » des possibilités du KOUILOU est incontestablement M. CHERVIER qui, dès qu’il s’est trouvé devant le site de KOUSSOUNDA, a su les apprécier. Cet hommage qui doit lui être rendu ne diminue du reste en rien le mérite de MM. CAZAUX et LEBRUN qui, avec tant de difficultés, lui avaient tracé la voie, de M. AIME qui par son expérience de la brousse et des fleuves africains lui a facilité cette difficile reconnaissance, des africains anonymes qui n’ont pas hésité à affronter « le diable de SOUNDA », et également de tous ceux qui ont participé à la mise au point du premier avant-projet sommaire de l’aménagement du « GRAND KOUILOU, avant-projet qui a attiré l’attention sur les immenses ressources du fleuve et incité l’Administration et les industriels intéressés à faire procéder à des études plus complètes.

Mais comment ne pas associer à ces noms celui de l’Ingénieur JACOB dont les travaux restés inexploités à l’époque, ont servi 65 ans plus tard, à l’élaboration d’un des grands projets mondiaux de l’heure. Si ses levés n’avaient pas été retrouvés, il n’aurait certainement pas été possible, à l’époque, d’en établir l’avant projet sur des bases aussi sûres et il est vraisemblable qu’on ne lui aurait pas porté alors autant d’attention ?

Hélas, comme toutes les grandes réalisations humaines, le KOUILOU a déjà ses morts ! Saluons leur mémoire au moment où est évoqué le travail de ceux qui, en définitive, ont poursuivi leur œuvre.

Non signé (Mai 1960)

NOTES :

[i] Le rôle et l’organisation de cette Mission ont été fixés par Arrêté du Ministre des Colonies du 22 avril 1927

[ii] On dit aussi T’SOUNDA, ou plus simplement SOUNDA.

[iii] NDLR : Ancienne unité de puissance valant la puissance d’une force de 100 kilogramme-force exercée à une vitesse d’un mètre par seconde. 1p=980,665 watts. Cette unité a été nommée d’après Jean-Victor PONCELET.

[iv]Constituée fin 1948 dans le cadre de la loi du 30 avril 1946

[v] C’est bien plus tard que ceux qui vont ainsi étudier les possibilités énergétiques du fleuve apprendront – on verra plus loin dans quelles conditions – que la valléedu KOUILOU-NIARI a été remontée, dès avant la fin du XIX° siècle par des explorateurs qui, partant de l’estuaire de LOANGO, cherchaient alors une voie de pénétration vers l’arrière-pays séparé du littoral par le massif côtierdu MAYOMBE, difficile à franchir.

Une mission hydrographique ROUVIER a, en particulier, effectué en septembre 1886 un levé à la boussole des PORTE de N’GOTOU, levé qui a été retrouvé plus tard.

Et dans un article publié dans le BULLETIN de la SOCIETE de GEOGRAPHIE, et également retrouvé plus tard, l’Ingénieur hydrographe JACOB écrivait :
« M. le Lieutenant Gouverneur de CHAVANNES, alors Résident à Brazzaville, prit l’initiative d’une étude du cours même du Kouilou-Niari. L’utilisation de ce fleuve comme voie navigable, si elle devenait possible, présenterait une importance qui sautait aux yeux des moins clairvoyants. On avait admis jusque là comme un axiome qu’il ne fallait pas songer à naviguer sur le KOUILOU car ce fleuve présentait plusieurs séries d’obstacles infranchissables. Personne n’avait songé à examiner si, par quelques travaux pas trop dispendieux, ces obstacles ne pourraient pas être supprimés ou atténués.

Le regretté Capitaine PLEIGNEUR s’était chargé, sur la demande du Résident, d’une première reconnaissance et du nivellement de la région des rapides. C’est en exécutant ce périlleux travail qu’il trouva la mort vers le mois de juillet 1887……. C’est à moi que revint l’honneur de reprendre en décembre 1887, sur le KOUILOU, le travail laissé en suspens. »

L’Ingénieur JACOB termine sa première reconnaissance le1er janvier 1888, préconisant d’ailleurs dans son rapport daté de KOUSSOUNDA le 22 janvier, de profiter de la prochaine saison sèche pour procéder « à l’étude de chaque rapide et à l’établissement d’un projet de travaux » pour rendre le KOUILOU navigable. Ses conclusions ayant été retenues, il consacre une grande partie de l’année 1888 à l’étude du fleuve (accompagné cette fois par un autre européen M. Michel DOLISIE), en particulier relève au tachéomètre le plan des berges et quelques profils en travers de la gorge de KOUSSOUNDA et à son retour en France, dresse un avant projet d’aménagement de la région des rapides.

Dix ans plus tard, la mission MARCHAND, partie de LOANGO à la fin de 1897 pour gagner le NIL, emprunte la vallée du KOUILOU et franchit le « coup de sabre » de KOUSSOUNDA après un transbordement périlleux.

Le site est également reconnu par la suite par d’autres européens et certains y trouveront la mort en essayant de franchir la gorge avec des embarcations, mais les documents relatifs à leurs travaux n’ont pas été retrouvés.

[vi]La SOCIETE FORESTIERE du NIARI a des exploitations dans la région.

[vii] La N’GOLOU ou N’GOULOU est un petit affluent rive droite du KOUILOU qui se jette dans celui-ci, à l’amont de KOUSSOUNDA. MM. CAZAUX et LEBRUN avaient alors fait plus de 20 Kms en pleine forêt, dans la zone Nord-Ouest du fleuve.

[viii]Concernant l’aménagement du DJOUE, alors en cours de réalisation.

[ix] On saura plus tard que leur mission a été facilités par MM. BRISSARD et PERISSIN de la SOCIETE FORESTIERE du NIARI, ainsi que par M. LAPORTE, Administrateur de la France d’Outre-mer, Chef du District de MADINGO-KAYES.

[x] C’et aux rapides des hauts-fonds qui se succèdent alors que se sont heurtées les missions de reconnaissance envoyées autrefois pour étudier une voie d’accès à l’intérieur en utilisant la coupure naturelle du MAYOMBE par le KOUILOU.

[xi] Cette piste à, en effet, été ouverte par l’Ingénieur JACOB de KAKAMOEKA à KITABI pour faciliter ses travaux. Dans son rapport du 22 janvier 1888 il dit avoir ouvert cette piste« sans autres outils que des machettes et 2 ou 3 pioches.».

[xii]Itinéraire qui avait déjà été signalé par M. CAZAUX.

[xiii] La Société Commerciale KOUILOU-NIARI a succédé à la Compagnie Propriétaire KOUILOU-NIARI qui avait elle-même pris la suite de la SOCIETE d’ETUDES et d’EXPLORATIONdu CONGO FRANÇAIS.

[xiv]Malheureusement ce levé est limité au lit mêle du fleuve : largeur et profondeur des passes, longueur et dénivelée des rapides. La forme et la hauteur des rives ne sont pas indiquées : JACOB n’étudiait en effet que la navigation.

[xv] Ceux-ci permettent de se rendre compte des difficultés qu’il fallut surmonter à cette époque pour séjourner et progresser avec des moyens réduits dans une région aussi peu hospitalière et aussi difficile d’accès.
JACOB conclut d’ailleurs en affirmant que le KOUILOU pouvait être rendu navigable au prix de quelques déroctages, éventuellement complétés par un petit barrage en travers de la gorge de KOUSSOUNDA.

[xvi]Dossier établi par le Service des Etudes d’Outre-mer d’ELECTRICITE DE FRANCE pour le compte de la Société ENERGIE ELECTRIQUE d’A.E.F.

[xvii] En fait, la mise au point de ce dossier a subi quelque retard (certains plans sont datés des premiers mois de 1953.

[xviii] Il est vrai qu’en 1926, nul ne pouvait songer qu’un jour on serait conduit à envisager l’équipement d’un fleuve d’Afrique Noire Française pour une puissance de l’ordre de plusieurs centaines de milliers de kW.