« Les serpents de la région de Dimonika (Mayombe, République Populaire du Congo) » par J.F. Trape (1985)

 

Bitis nasicornis

Trape, J.F. 1985. Les serpents de la région de Dimonika (Mayombe, République Populaire du Congo). Revue Zoo/. afr. 99: 135-140.

J.F. Trape, Office de la Recherche Scientifique et Technique Outre-Mer (O.R.S.T.O.M.), Centre de Brazzaville, B.P. 181, République Populaire du Congo[1].

 

INTRODUCTION

De décembre 1980 àjanvier 1983, nous avons réalisé une collection de 351 serpents qui sert de base à la liste des espèces de la région de Dimonika présentée dans cette note. Tous proviennent des villages de Dimonika, Punga, Kouilila, Makaba et de leurs environs immédiats. La plupart ont été capturés par les villageois pendant leurs occupations quotidiennes, au gré de rencontres fortuites, et il n’y a pas eu de prospection systématique.

La région de Dimonika (4’1373, 12’26’E) est située au cœur du Mayombe, chaîne montagneuse de type appalachien parallèle à la côte atlantique, très accidentée mais de faible altitude, dont le point culminant est le Mont Foungouti (930 m).

Le relief est particulièrement tourmenté avec des petites vallées profondes et encaissées, des versants ravinés et des lignes de crêtes étroites (Boissezon et al.,1969). Les précipitations annuelles moyennes, de l’ordre de 1700 mm, sont réparties sur 8 mois, d’octobre à mai.

Pendant la saison sèche la nébulosité est maximum, avec des brouillards quotidiens, et l’humidité relative reste très élevée toute l’année.

La végétation est celle de la grande forêt ombrophile, avec deux types dans les environs de Dimonika: forêt à Olacacées et Burseracées principalement, et, plus localisée et sous forme rudéralisée, forêt ripicole à Gidbertiodendron dewevrei (Cusset, 1980)

Le secteur étudié est traversé par une petite rivière et plusieurs gros ruisseaux. On y trouve également trois petites mares artificielles.

Malgré une exploitation déjà ancienne des grandes espèces commerciales et un défrichement relativement limité pour les plantations familiales de manioc et de bananiers, la couverture forestière reste très dense et de nombreux ilots de forêt primaire subsistent.

LISTE DES ESPÈCES CAPTURÉES[2]

 Famille Typhlopidae

Genre Typhlops Schneider

  • Typhlops punctadus congestus(Duméril et Bibron)
  • Typhlops angolensis (Bocage)

Genre Rhinotyphlops Fitzinger

  • Rhinotyphlops caecus (Duméril)

Famille Boidae

Genre Python Daudin

  • Python sebae (Gmelin)

Genre Calabaria Gray

  • Calabaria reinhardti (Schlegel)

Famille Colubridae

Genre Natriciteres Loveridge

  • Natriciteres fuliginoïdes (Giinther)

Genre Hydraethiops Giinther

  • Hydraethiops melanogaster Giinther

Genre Bothrophthalmus Peters

  • Bothrophthalmus brunneus Giinther

Genre Bothrolycus Giinther

  • Bothrolycus ader Giinther

Genre Boaedon Duméril et Bibron

  • Boaedon fuliginosus (Boie)
  • Boaedon olivaceus (Duméril)

Genre Lycophidion Duméril et Bibron

  • Lycophidion laterale Hallowell

Genre Chamaelycus Boulenger

  • Chamaelycus fasciatus (Giinther) I

Genre Gonionotophis Boulenger

  • Gonionotophis brussauxi (Mocquard)

Genre Hormonotus Hallowell

  • Hormonotus modestus (Duméril et

Genre Mehelya Csiki

  • Mehelya poensis (Smith)

Genre Philothainnus Smith

  • Philothamnus nitidus nitidus (Giinther)
  • Philothamnus heterodermus (Hallowell)
  • Philothamnus carinatus (Andersson)

Genre Gastropyxis Cope

  • Gastropyxis smaragdina (Schlegel)

Genre Hapsidophrys Fischer

  • Hapsidophrys lineatus Fischer

Genre Rhamnophis Giinther

  • Rhamnophis aethiopissa aethiopissa
  • Rhamnophis batesi (Boulenger)

Genre Thrasops Hallowell

  • Thrasops flavigularis (Hallowell)

Genre Grayia Giinther

  • Grayia ornata (Bocage)
  • Grayia caesar (Giinther)

Genre Grayia Günther

  • Grayia ornata (Bocage)
  • Grayia caesar (Giinther)

Genre Dipsadoboa Günther

  • Dipsadoboa unicolor unicolor Giinther
  • Dipsadoboa duchesnei duchesnei (Boulenger)
  • Dipsadoboa elongata elongala Barbour

Genre Geodipsas Boulenger

  • Geodipsas depressiceps depressiceps

Genre Psainmophis Boie

  • Psammophis sp3

Genre Thelotornis Smith

  • Thelotornis kirtlandi (Hallowell)

Genre Miodon Duméril

  • Miodon collaris collaris (Peters)

Genre Cynodontophis Werner

  • Cynodontophis notatus aeinulans

Genre Aparallactus Smith

  • Aparallactus modestus rizodestus

Genre Dasypeltis Wagler

  • Dasypeltis fasciata Smith

Genre Atractaspis Smith

  • Atractaspis boulengeri Mocquard

Famille Elapidae

Genre Naja Laurenti

  • Naja inelanoleuca Hallowell

Genre Pseudohaje Giinther

  • Pseudohaje goldii (Boulenger)

Genre Dendroaspis Schlegel

  • Dendroaspis jamesoni janzesoni (Traill)

Famille Viperidae

Genre Causus Wagler

  • Causus lichtensteini (Jan)

Genre Bitis Gray

  • Bitis gabonica gabonica (Duméril et
  • Bitis nasicornis (Shaw)

Genre Atheris Cope

  • Atheris laeviceps (Boettger)

 

DISCUSSION

Notre collection comporte 45 espèces, dont quatre n’étaient pas encore signalées, à notre connaissance, de l’actuel Congo (Cynodontophis notatus aemulans, Dipsadoboa elongata elongata, Bothrophtalmus brunneus et Atractaspis boulengeri). Trois espèces sont nouvelles pour le Mayombe (Geodipsas depressiceps depressiceps, Gonionotophis brussauxi et Bothrolycus ater). Leur capture

à Dimonika rend probable leur présence dans le Mayombe Zaïrois bien qu’elles n’y aient pas encore été signalées (Witte, 1962; Thys van den Audenaerde, 1965).

Une petite collection de 31 spécimens, appartenant à 18 espèces, avait déjà été réalisée à Dimonika par Villiers (1966). Toutes les espèces signalées alors ont été retrouvées.

Peu de secteurs strictement forestiers ont en Afrique fait l’objet de captures intensives dans un périmètre limité. Des listes d’espèces existent pour Adiopodoumé en Côte d’Ivoire (Doucet, 1963), la Maboké-Boukoko en R.C.A. (Roux-Esteve, 1963), Makokou au Gabon (Knoepffler, 1966), Tafo au Ghana (Leston

& Hugues, 1968). Elles comportent respectivement 38, 39, 37 et 35 espèces. La faune ophidienne de la région de Dimonika apparaît ainsi remarquablement riche et diversifiée. Le chiffre d’environ 40 espèces, considéré par Leston et Hugues (1968) comme la limite supérieure probable pour une localité forestière africaine, est sensiblement dépassé à Dimonika. Il est en outre probable que des captures supplémentaires permettraient d’ajouter à notre liste quelques espèces rares ou de mœurs cachées.

La collection de la Faculté des Sciences de Brazzaville comprend une dizaine de serpents portant la mention Dimonika comme localité d’origine, dont un Boiga pulverulenta (Fischer), espèce qu’il faut donc rajouter à la liste des serpents de Dimonika.

TABLEAU 1

TABLEAU 1

Sur le tableau 1 nous avons rapporté, pour chaque espèce le nombre d’exemplaires capturés, la distribution géographique et l’habitat.

On remarque que Natriciteres fuliginoïdes est l’espèce de loin la plus fréquemment rencontrée, avec plus d’un cinquième des captures. Cette petite couleuvre, dont la queue est presque toujours mutilée, ne montre pas à Dimonika d’affinité particulière pour le milieu aquatique. On la rencontre fréquemment sur le bord des pistes et des sentiers, notamment après les pluies, et elle ne semble pas particulièrement fréquenter les ruisseaux et mares.

Si on considère l’habitat, les espèces arboricoles sont les plus nombreuses (18espèces), mais ne sont souvent représentées que par un petit nombre d’exemplaires, ceci probablement surtout en raison du mode d’échantillonnage. Les plus fréquentes sont Gastropyxis smaragdina, Dipsadoboa unicolor unicolor et Dendroaspis jamesoni jamesoni.

Les espèces vivant habituellement au sol sont également nombreuses (15 espèces). Outre Natriciteres fuliginoïdes, les plus représentées sont Bitis gabonica gabonica, Boaedon olivaceus et Naja melanoleuca.

Les espèces plus ou moins fouisseuses sont nombre de 8, celles semi-aquatiques au nombre de 4. Les plus fréquentes sont respectivement Calabaria reinhardti et Hydraethiops melanogaster.

A l’exception de Boaedon fuliginosus, qui est essentiellement péri-domestique et de Python sebae, qui est surtout lié à l’eau, toutes les espèces capturées sont typiquement forestières et se répartissent pour moitié en formes largement distribuées dans toute la zone guinéenne et en formes plus ou moins étroitement limitées au bloc forestier équatorial. La faune ophidienne de la région de Dimonika est celle de la forêt gabonaise.

Une comparaison avec la faune ophidienne de la région de Brazzaville, où la végétation est à type de mosaïque de forêts claires très dégradées, de savanes arbustives et de forêts galeries, montre que sur les quatre espèces largement dominantes dans la région de Brazzaville(Crotaphopeltis tiotamboeia bicolor, Philothamnus dorsalis, Causus maculatus et Boaedon fuliginosus) (Trape, non publié) trois sont absentes dans la région de Dimonika et la quatrième rarement observée.

REMERCIEMENTS

Nous remercions très vivement M. Biyedi, de la station de Biologie Forestière Tropicale de Dimonika, dont l’aide a été particulièrement précieuse pour réaliser cette collection.

Nous adressons également tous nos remerciements à Mme Roux-Estève, du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris, qui a bien voulu contrôler plusieurs déterminations délicates, et à M. Jacquot, du Centre Orstom de Pointe-Noire, qui nous a aidé à établir la liste des noms vernaculaires.

RÉFÉRENCES

Boissezon , P. de, Martin, G. & Gras, F. 1969. Les sols du Congo. In: Atlas du Congo, Orstom, Brazzaville.

Cusset, G. 1980. Aperçu sur la végétation forestière des environs de Dimonika.Doc. dactyl., 4 pp., Université Marien

N’Gouabi, Brazzaville.

Doucet, J. 1963. Les serpents de la République de Côte d’Ivoire. Acta trop. 20: 201-259, 297-340

Knoepffler, L.P. 1966. Faune du Gabon (Amphibiens et Reptiles). I.- Ophidiens de l’Ogooué-Ivindo et du Woleu N’tem. Biologica Gabonica, 2: 3-23.

Leston, D. & Hugues, B. 1968. The snakes of Tafo, a forest Cocoa-farm locality in Ghana; Bull. Inst. fond. Afr. noire,

Ser. A, 30:737-770.

Roux-Estève, R. 1963. Les serpents de la régionde la Maboké-Boukoko. Cahiers de la Maboke, 3: 51-92.

Thys van den Audenaerde, D. 1965. Les serpents des environs de Léopoldville. Revue Zool. Bot. afr., 72:366-388

Villiers, A. 1966. Contribution à la faune du Congo (Brazzaville). Mission A. Villiers et A. Descarpentries – XLII.-Reptiles Ophidiens. Bull. Inst. fond. Afr. noire,Ser. A, 28: 1720-1760.

Witte, G.F. de, 1962. Genera des serpents du Congo et du Ruanda-Urundi. AnnlsMus. r. Afr. centr., octavo, 104:l-203.

 

(Manuscrit reçu le 26 septembre 1984, revu le 1er février 1985, accepté le 6 mars 1985).

 

Annexe 1: Noms vernaculaires des serpents de la région de Dimonika[3]

Noms vernaculaires

 

Annexe 2 : Photographies de sources diverses 

Aparallactus m. modestus

Aparallactus m. modestus

Atheris laeviceps

Atheris laeviceps

Atractaspis boulengeri

Atractaspis boulengeri

Bitis g. gabonica

Bitis g. gabonica

Bitis nasicornis

Bitis nasicornis

Boaedon fuliginosus

Boaedon fuliginosus

Boaedon olivaceus

Boaedon olivaceus

Boiga dendrophila

Boiga dendrophila

Bothrophtalmus brunneus

Bothrophtalmus brunneus

Calabaria reinhardti

Calabaria reinhardti

Causus lichtensteini

Causus lichtensteini

Chamaelycus fasciatus

Chamaelycus fasciatus

Dasypeltis fasciata

Dasypeltis fasciata

Dendroapsis Jamesoni

Dendroapsis Jamesoni

Dipsadoboa d. duchesnei

Dipsadoboa d. duchesnei

Dipsadoboa e. elongata

Dipsadoboa e. elongata

Dipsadoboa u. unicolor

Dipsadoboa u. unicolor

Gonionotophis brussauxi

Gonionotophis brussauxi

Grayia ornata

Grayia ornata

Hormonotus modestus

Hormonotus modestus

hydraethiops melanogaster

hydraethiops melanogaster

Lycophidion laterale

Lycophidion laterale

Mehelya poensis

Mehelya poensis

Naja melanoleuca

Naja melanoleuca

Philothamnus heterodermus

Philothamnus heterodermus

Pseudohaje goldii

Pseudohaje goldii

Thelotornis kirtlandi

Thelotornis kirtlandi

Thrasops flavigularis

Thrasops flavigularis

Typhlops punctatus congestus

Typhlops punctatus congestus

 

[1] Adresse actuelle: O.R.S.T.O.M., Centre de ! Cayenne, B.P. 165, Cayenne, 97301 Guyane française.

[2] Une description des spécimens sera publiée ultérieurement, dans le cadre d’une révision du matériel congolais sous la direction de Mme Roux-Estève. La collection sera déposée au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

[3] Recueillis auprès d’un groupe de villageois de Kouilila (ethnie Yombe).

 

En complément lire :

« Les serpents venimeux de la République Populaire du Congo » par J.-F. Trape et B. Carme (1981)