L’exploitation du caoutchouc par les compagnies concessionnaires

Plantation d'Irehs (Funtumia Elastica) en Forêt débrousssée

Plantation d’Irehs (Funtumia Elastica) en Forêt débrousssée

In « LE CONGO AU TEMPS DES GRANDES COMPAGNIES CONCESSIONNAIRES 1898-1930. TOME 2 » par Catherine Coquery-Vidrovitch

1. L’exploitation du caoutchouc

Le caoutchouc du Congo était exploité depuis les années 1880 sous deux formes principales : les arbres et les lianes. Le travail, relativement facile lorsqu’il s’agissait des irehs, groupés en peuplement assez denses, était pénible lorsqu’il fallait exploiter des lianes situées dans des fourrés marécageux, souvent à plusieurs heures de marche du village[1]. L’arbre le plus commun était le Funtumia elastica ou ireh, abondant sur les hauts plateaux. Les Africains avaient coutume d’abattre les arbres pour pratiquer une incision circulaire tous les 50 cm et recueillir le latex dans une feuille placée au-dessous[2]. Quant aux lianes, c’était surtout en zone sylvestre la Landolphia kleini et la Landolphia owariensis, en savane la Landolphia tholonii. Coupées en fagots de 50 à 60 cm de longueur, elles étaient disposées sur un chantier légèrement incliné et le latex était recueilli dans un collecteur, bambou ou tige creuse qui l’amenait au récipient[3]. Certains concessionnaires et surtout l’Administration s’efforcèrent de transformer ces méthodes qui épuisaient les richesses avoisinant les villages : on apprit aux Africains à saigner méthodiquement les irehs par des incisions en « arêtes de poisson », de la base du tronc jusqu’aux premières branches. Exploités de façon trop intensive, les arbres ne mouraient pas mais pouvaient être « séchés » pour une longue période[4]. Quant à la coupe des lianes, interdite en Afrique occidentale, elle demeura au contraire assez répandue au Congo, bien qu’une saignée en cercles eût permis de les préserver.

Européen enseignant a un indigène la façon de saigner un arbre

Européen enseignant a un indigène la façon de saigner un arbre

Abandonnée la plupart du temps aux Africains, la fabrication du caoutchouc était rudimentaire. La coagulation se faisait au feu ou à l’aide d’un liquide acide ou ammoniacal : citron, issangui (fruit d’un arbuste local) ou urine. Dans certaines régions, comme la Sangha, la répulsion des Africains à produire le caoutchouc tenait à leur ignorance de le préparer autrement que par un procédé long et douloureux, puisqu’ils s’enduisaient le corps de latex et le laissaient ainsi sécher pour l’arracher ensuite[5]. Les concessionnaires s’efforcèrent de répandre l’usage de l’eau bouillante qui permettait une meilleure conservation. Pour obtenir un produit uniforme, l’Administration fit confectionner et distribuer localement des moules en bois[6]. Le caoutchouc était traditionnellement commercialisé sous forme de boules, parfois de boudins[7]. On lui substitua progressivement des plaques ou crêpes qui, en favorisant la dessiccation de la gomme, éliminaient les parties fermentées et poisseuses, et surtout évitaient la fraude de matières étrangères glissées dans la masse. Au Gabon, pour stimuler le producteur, une différence de 50 centimes par kilo fut prévue en 1916 entre le taux de rétrocession du caoutchouc en boules et celui du caoutchouc en crêpes[8].

Coagulation par ébullition du latex des lianes de caoutchouc

Coagulation par ébullition du latex des lianes de caoutchouc

La production fut toujours laissée aux mains des Africains : les Sociétés se bornaient à acheter ce qu’ils leur apportaient de leur propre mouvement ou sur les instances de l’Administration pour acquitter l’impôt. Les projets d’exploitation directe n’aboutirent jamais. La C.F.H.C. fit une expérience limitée dans la Mossaka et le Kouyou, en utilisant des équipes de travailleurs attachés à ses factoreries. Le gérant demandait aux chefs deux ou trois hommes par village, les rassemblait par groupes de trente ou quarante travailleurs confiés à la direction d’un capita. Celui-ci s’installait avec sa famille dans un village central. Chacun des membres de son équipe répartis alentour, ordinairement dans leur village d’origine, produisaient lentement deux, trois ou quatre kilos de caoutchouc. Le mois écoulé, le capita rassemblait ses hommes et rentrait avec eux à la factorerie, où chacun était payé au prix du moment (75 centimes à 1 fr le kilo). C’est seulement là où les équipes étaient surveillées que la production atteignait six, sept et même huit kilos par homme et par mois[9]. La Ngoko-Sangha se mit à engager, en 1917, quelques récolteurs réguliers avec un contrat de travail aux pièces pour six mois[10]. Mais le projet méthodique mis sur pied par la Cie Forestière à l’époque de sa création fut bientôt abandonné.

Recolte du caoutchouc - saignage de la liane

Recolte du caoutchouc – saignage de la liane

La C.F.S.O. avait en effet entrepris de déterminer dans la forêt les sites intéressants réservés à l’exploitation directe. Les équipes regroupaient une centaine de travailleurs sous la direction de quinze agents. En s’orientant à la boussole, ils avaient ouvert les sentiers de reconnaissance dans le sens des parallèles. Les zones riches devaient être partagées par des voies de cheminement en carrés d’un kilomètre de côté. Le tracé des diagonales déterminerait quatre blocs triangulaires de 25 ha chacun, répartis autour d’un carrefour central.

Le premier objectif était de dégager ainsi quatre superficies forestières de 10 000 ha chacune, divisées en lots réguliers par 500 km de sentiers. Puis les arbres à exploiter seraient reliés par des layons d’aménagement sinueux, enserrant le peuplement qu’un récolteur pouvait saigner utilement en une journée de travail. Le centre de l’exploitation serait installé au milieu de la zone la plus riche de chaque aménagement : on y trouverait les habitations permanentes des travailleurs, les appareils de coagulations, les séchoirs, les magasins d’approvisionnement général et les plantations vivrières. A se fier aux comptes rendus faits chaque année devant les actionnaires, les aménagements forestiers étaient menés bon train : au 1er septembre 1912, la C.F.S.O. faisait état de 7 997 km de percées d’exploitation à travers 74 100 ha. Les sentiers de cheminement effectués auraient permis d’inventorier 1 587 123 arbres et lianes, soit une densité de 21 à l’hectare (arbres : 75 %, lianes : 25 %)[11]. Dix-sept aménagements étaient près d’être terminés, donnant droit en 1920, à l’expiration de la convention d’affermage, à 170 000 ha en toute propriété. En 1913, la C.F.S.O. affirmait de ce fait avoir quintuplé sa production par exploitation directe[12] :

Production de la C.F.S.O. (en tonnes)

ANNEES CUEILLETTE INDIGENE EXPLOTATION DIRECTE TOTAL
1910 465,4 24,4 491,9
1911 383,2 65,5 448,7
1912 285,4 94,5 380,0
1913 108,3 128,7 237,0

Mais, dès 1914, en raison d’un bilan pour la troisième fois déficitaire, la compagnie annonçait la réorganisation de l’exploitation. Des « mesures prises pour la diminution du personnel » devaient comprimer les frais généraux. L’effort porta désormais sur l’expansion commerciale : on ne mentionna plus d’aménagements forestiers. La seule expérience sérieuse d’exploitation directe ne fut pas le fait d’un concessionnaire. Il s’agissait cette fois-ci du « caoutchouc d’herbes » produit, pour sa majeure partie, entre Léfini, Congo et Gabon et en Oubangui-Chari, en dehors des territoires concédés. Ce caoutchouc, d’abord extrait par rouissage et pilonnage des rhizomes de certaines lianes (notamment la Landolphia tholonii), était livré par les Africains avec des impuretés telles qu’il était assez mal coté sur le marché. Les racines, exposées pendant quelques jours au soleil, étaient coupées en morceaux de 15 à 20 cm de long groupés par fagots et plongés dans l’eau une demi-douzaine de jours pour en ramollir l’écorce. Les rhizomes étaient alors frappés violemment avec une petite massue de bois sur une pierre plate et dure. Le latex ainsi extrait était roulé en boules de 1 cm de diamètre. Après cuisson, leur juxtaposition formait des galettes, de 20 cm sur 10 et 4 cm d’épaisseur, livrées aux traitants[13].

L'arrivée du Caoutchouc d'une Factorerie

L’arrivée du Caoutchouc d’une Factorerie

Le pilonnage à la main exigeait une somme de travail hors de proportion avec le prix offert, car les débris d’écorce, qu’il était impossible d’éliminer sur place faute d’un outillage approprié, imposaient en Europe un laminage plusieurs fois répété[14]. Deux usines entreprirent à Brazzaville de débarrasser le produit de son humidité et de ses impuretés : Dinis et Nevèze au Djoué (Société d’Exploitation des Caoutchoucs du Congo), et les Messageries Fluviales du Congo à Brazzaville. Celle-ci traitait en moyenne 4 t de gomme par mois (soit un produit marchand de 2 t) bien qu’elle eût une capacité deux fois supérieure (300 kg par jour). Une troisième entreprise se proposait au même moment de pratiquer dans le Boula N’Tangou l’extraction directe de la gomme, les Africains se bornant à l’approvisionnement en racines[15]. Mais la production du caoutchouc d’herbes, limitée à une centaine de tonnes annuelles (1351 en 1910, 105 en 1911), connut un sort incertain. En 1913, à la suite de la crise, les usines cessèrent leur activité. L’exploitation reprit très localement en 1925 en raison d’une hausse exceptionnelle, notamment en Oubangui-Chari où les irehs n’existaient qu’au sud de Bangui et où les lianes étaient en voie d’épuisement. Le produit, qui trouvait acquéreur en 1922 à 50 centimes seulement, en 1923 à 2 frs le kilo, fut alors payé jusqu’à 5 et 10 frs, sauf par la C.F.S.O.[16]

2. Les plantations de caoutchouc

Pour pallier l’épuisement de la principale richesse de la colonie, les Sociétés devaient assurer pendant la durée de leur contrat la plantation et l’entretien de cent cinquante caoutchoutiers par tonne de gomme exportée. Malgré le succès rapide des plantations de Malaisie et d’Indochine qui annonçait à brève échéance la condamnation du caoutchouc sauvage sur le marché mondial, il est surprenant de constater l’évidente mauvaise volonté des concessionnaires en ce domaine. En Asie, en effet, les premiers essais d’essences laticifères avaient eu lieu dès 1876 à Ceylan, à partir de graines de l’Hevea brasiliensis (caoutchouc dit Para)[17]. Les résultats, médiocres, furent en revanche couronnés de succès à Singapour. Les arbres plantés entre 1876 et 1878 commencèrent vers 1887 de fournir des graines à la péninsule malaise. A partir de 1896-97, alertés par la baisse du prix du café qui soulignait les dangers de la monoculture, les planteurs s’y intéressèrent. En 1902, environ cinq mille hectares portaient un million et demi d’hévéas. Leur nombre atteignit sept millions fin 1906 (dont trois à Ceylan, trois à Java, Sumatra et le reste des Indes Néerlandaises). Un dixième seulement de ces arbres parvint à l’âge de sept à huit ans, celui d’un rendement partiel.

Plantation de caoutchouc de l'espèce irehs

Plantation de caoutchouc de l’espèce irehs

Le caoutchouc de plantation fournit 1 500 t en 1907. Les États malais représentaient une part encore réduite mais à la progression rapide :

1905 70T
1906 370T
1907 780T

Le plein rapport commença à la dixième année, alors que le Para du Brésil assurait encore la quasi-totalité de la production mondiale[18]. Dès le début du siècle, on était donc en mesure de prédire l’évolution. Le colon gabonais William Guynet tira le 6 mars 1906 le signal d’alarme :

« Vous n’êtes pas sans savoir qu’à Ceylan, aux Indes Néerlandaises, sur tous les points les mieux choisis et de l’accès le plus facile […], de vastes plantations se créent […]. Dans dix ans, quinze ans, vingt ans, quand toutes ces plantations produiront et seront exploitées méthodiquement, n’est-il pas sage de prévoir une surproduction du caoutchouc et une diminution dans les prix ? »[19]

L’Union Congolaise situait en 1915 la maturité des arbres, avec une production de l’ordre de 7 000 t issues de 30 000 ha seulement.

L’essor fut plus rapide de plusieurs années :

Production mondiale du caoutchouc[20] (en tonnes)

ANNEES PLANTATION (EN MAJEURE PARTIE D’EXTREME-ORIENT) BRESIL AUTRES SOURCES TOTAL
1905 145 34 000 26 800 60 945
1906 510 36 000 29 500 66 010
1907 1 000 38 000 30 000 69 000
1908 1 800 39 000 24 000 64 800
1909 3 600 42 000 23 400 69 000
1910 8 200 40 000 21 300 69 500
1911 14 500 28 000 23 500 76 000
1912 27 500 42 000 30 000 99 500
1913 (prévisions) 45 000 40 000 30 000 115 000
1930 (Perpillou [46], p. 160.) 847 000
1938 924 000

Le caoutchouc de plantation, qui ne représentait encore en 1910 que 12 % de la consommation, tenait près de la moitié du marché trois ans plus tard et 57 % en 1914[21]. Après la guerre, il assura la quasi-totalité du marché (91,6 % en 1923, 97 % en 1934)[22]. Le Congo français, avec un maximum de 2 à 3 000 t, était un producteur mineur. Mais le caoutchouc y constituait alors la seule ressource. On s’explique donc mal le scepticisme, voire l’apathie des milieux coloniaux alors que même les voisins belges s’engageaient avec énergie sur la voie des plantations : au Congo Belge, le roi avait obligé dès 1899 les récolteurs (agents de l’État ou des Sociétés et particuliers) à établir des plantations d’arbres et de lianes à latex (à raison de 150 pieds minimum par tonne obtenue) sous peine d’une amende variant de 100 à 10 000 frs et de dix jours à six mois d’emprisonnement[23]. A partir de 1910 furent ouvertes deux cents plantations de lianes à caoutchouc, encouragées par des mesures détaxation prises à l’encontre du caoutchouc de cueillette. Elles rapportèrent annuellement jusqu’à 300 %[24].

Apparemment, les efforts ne manquèrent pas au Congo français, surtout lorsque en 1909, à la suite des inspections de contrôle, les compagnies furent sommées de rattraper leur arriéré. Au Gabon, seule la Cie du Fernan-Vaz expérimenta les essences les plus diverses : céaras, irehs, lianes, ficus, castilloas « et même hévéas », espèce qui paraissait pourtant « s’accommoder parfaitement au climat humide » du pays. Mais, au Moyen-Congo, les plantations surpassèrent, en un an, celles des cinq années précédentes[25]. Les pépinières et plantations de funtumias, hévéas, manihots et surtout irehs suscitèrent des commentaires favorables de l’Administration[26].

Une plantation de caoutchouc dans le Haut Oubangui

Une plantation de caoutchouc dans le Haut Oubangui

En Oubangui-Chari-Tchad, malgré un sol peu favorable et un climat trop chaud et trop sec, la Cie des Sultanats employait officiellement 136 ouvriers sur 133 hectares. La Cie du Kouango en faisait travailler 280[27]. La Mobaye, probablement sous l’impulsion d’un administrateur belge qui participait également à la Société Belge de Plantations, avait toujours manifesté beaucoup de bonne volonté en ce domaine[28].

Mais, dès l’année suivante, on s’aperçut de la vanité de ces activités. Les Sociétés avaient agi davantage « par le désir de se mettre en règle que par l’idée de faire œuvre sérieuse et durable »[29]. Les plantations avaient été faites à la hâte, sans examen préalable. La plupart des agents s’étaient contentés de faire nettoyer et débroussailler à la veille du passage du délégué de l’Administration.

Récolte du caoutchouc - saignage

Récolte du caoutchouc – saignage

Le seul but était de justifier du nombre de pieds exigés sans se soucier de l’avenir des entreprises : sur certaines concessions, l’état d’entretien laissait à désirer au point que des plantations ne purent être retrouvées au moment des constats annuels[30] : « Chaque année, l’annonce d’un prochain constat administratif motivait seul la mise en terre hâtive de milliers de jeunes plants destinés à figurer sur l’inventaire, puis à disparaître faute de soins quelques jours après. »[31]

L’argument de la rentabilité immédiate ne tenait pas, puisque des plantations de bonne venue auraient procuré des revenus appréciables aux Sociétés bien avant la fin de leur concession. Plus sérieux sont ceux du manque de main-d’œuvre et de capacité technique. Le Ministère s’était efforcé de lancer en 1900 une enquête sur le Manihot Glaziovii (céara), plant apparemment vigoureux et prolifique, pour déterminer son extension au Congo, sa date d’introduction, la nature et l’exposition des terrains qui le portaient, les conditions de sa stérilité, etc.[32] Le fait est que l’on ne connaissait à peu près rien ni des sols d’Afrique équatoriale, ni des exigences des plants que l’on voulait y adapter. Même les notions sur le climat étaient approximatives. Certaines Sociétés songèrent bien à utiliser les expériences en cours : depuis 1904, la Cie des Sultanats avait remis à ses agents des instructions sur la culture de l’ireh. En 1912, elle envoya en Malaisie un technicien qui rédigea un rapport détaillé de son voyage[33]. Mais, faute de compétences, ses avis demeurèrent lettre morte. La menace brandie contre les agents de supprimer leur commission s’ils n’entretenaient pas convenablement les plantations n’était guère prise au sérieux[34]. Ni les Européens ni, à plus forte raison, la main-d’œuvre africaine ne possédaient le bagage agronomique nécessaire. On préférait les peuplements de Manihot (céara), plus vigoureux et de belle venue, mais qui produisaient un latex aqueux de peu de valeur. Des employés ignorants les plantaient n’importe où et n’importe comment : la densité à l’hectare variait de 500 à 2 475 pieds, alors que les études du Jardin d’Essai d’Eala (Congo Belge) avaient conclu à un nombre maximum de 400 pieds à l’hectare[35]. Le choix des emplacements était défectueux (par commodité, le plus près possible de la factorerie), la mise en place des jeunes plants souvent trop tardive — parfois même en début de saison sèche. A Sémio et Djema (Haut-Oubangui), les irehs avaient été fixés sur le flanc de coteaux rocailleux, où la roche-mère affleurait à moins de 35 cm ; au sud de la concession, on déplorait en 1912 la lenteur de la croissance de l’Hevea brasiliensis qui supportait mal, et pour cause, les rigueurs de la sécheresse. Bref, après dix années d’effort, on ne put que dresser un bilan de faillite : « En somme… un échec complet, et si [l’opération] doit se résoudre en un simple dénombrement sans augmenter la production, elle n’a aucune raison d’être. »[36]

Usine et bureaux de la société générale des procédés d´extraction du caoutchouc

Usine et bureaux de la société générale des procédés d´extraction du caoutchouc

Aussi, lorsque, en 1910, le Gouvernement conclut un nouvel accord avec la Cie Forestière Sangha-Oubangui, renonça-t-il à l’obligation des plantations. Le seul engagement de la Société fut dorénavant d’assurer, sans autre précision, le remplacement des espèces abattues. Mais elle abandonna plus ou moins les 444 000 sujets déjà replantés sur sa concession, sauvés seulement d’une prompte disparition en vue de réserver l’attribution définitive des terres « mises en valeur »[37].

Au prix de frais relativement élevés, on avait au total planté en vain plus d’un million de pieds[38]. Une fois encore, ce gâchis résultait de la politique à courte vue des Sociétés, de leur réticence à investir, bref de leur pénurie de capitaux et de leur inaptitude à en susciter. Faute d’un produit de remplacement, l’Administration reprit à son compte, au lendemain de la guerre, l’œuvre avortée des concessionnaires. Pour pallier l’épuisement des lianes et la dépréciation du caoutchouc de cueillette, on entreprit enfin l’étude systématique des plants brésiliens. Le céara fut choisi pour sa croissance rapide. En 1916, le chef de la colonie avait ordonné la propagation de cette essence qui fit dorénavant partie des cultures obligatoires imposées aux villageois. 132 t furent extraites en 1925 des seuls peuplements récemment créés en Oubangui-Chari dans la Circonscription de la Ouaka et la Subdivision de Foroumbala[39]. Les plantations de céara permirent dès lors aux Africains de se soustraire aux exigences des compagnies, puisque celles-ci n’avaient droit qu’au caoutchouc « de brousse ». Le commerce en était prospère au passage de Gide, qui assista au marché mensuel de Fort-Sibut :

 « Affluence des indigènes. Ils apportent, dans de grands paniers, leur récolte de caoutchouc de céaras dont les récentes plantations, grâce à l’initiative de Lamblin, couvrent les régions en bordure des routes[40] […]. Il a ainsi rendu aux indigènes et, partant, à la colonie, un aussi grand service que par l’établissement de son réseau routier. »[41]

Caoutchouc à vendre -1907

Caoutchouc à vendre -1907

Il était trop tard, face à la configuration nouvelle du marché mondial des caoutchoucs. C’était cependant la preuve que, même avec des moyens limités, même dans une zone peu favorable, même dans un contexte de sous-peuplement, des efforts ordonnés pouvaient assurer presque immédiatement des résultats.

3. L’évolution de la production

L’argument maintes fois repris par les concessionnaires fut que l’avenir économique du pays reposait entre leurs mains grâce à leurs efforts pour intensifier la production du caoutchouc. Mais ceci resterait à prouver : le caoutchouc avait été de longue date un produit d’échanges, au même titre que l’ivoire, le « bois rouge » (de teinture) et naguère les esclaves. A l’arrivée des Européens dans le pays, le volume exporté par le courtage traditionnel (monté brusquement à plus de 1 000 t en 1883, au moment de la prise de possession du pays par la troisième mission de Brazza) n’était pas de beaucoup inférieur à la moyenne annuelle assurée ultérieurement.

Caoutchouc. Exportations du Gabon. (en tonnes) – Statistiques commerciales, G., IX-9.

1882 880,1
1883 1073,9
1884 566,6
1885 456,5
1886 442,2

Les exportations baissèrent seulement dans les premières années d’occupation, à la suite des mesures restrictives imposées à la navigation et au commerce en faveur des transports administratifs.

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Graphique. Caoutchouc : exportations du Congo français.

Certes, on le voit par le graphique ci-dessus, la création des concessions doubla momentanément la production, qui passa de 600 t à la fin du xixesiècle à 1 200 t en 1904. Mais elle plafonna en 1907 avec un peu moins de 2 000 t, soit seulement la moitié de la production de l’A.O.F. à la même époque. Si elle retrouva ce chiffre en 1916 et en 1920, ce fut à la suite de l’effort de guerre (avec un maximum de près de 3 000 t en 1917[42]), parce qu’il n’y avait pas en A.E.F. de produit de remplacement, et surtout sous l’impulsion du commerce libre, dont la production doubla entre 1906 et 1912 (de 200 à 400 t) et ne cessa de croître ensuite, à mesure que les sociétés concessionnaires s’effaçaient du marché[43].

La confrontation, malheureusement fragmentaire, des exportations concessionnaires et des exportations générales, confirme qu’après un effort modéré de mise en route, entre 1900 et 1905, les Sociétés atteignirent dès le départ leur rythme de croisière (1 100 à 1 300 t[44]) . C’était le seuil au-delà duquel, pour faire progresser la production, il fallait renoncer au système : non pas tellement consentir des frais d’investissements considérables, mais à tout le moins étudier le marché, améliorer la qualité des stocks, élever les prix d’achat, accepter la loi de l’offre et de la demande. Beaucoup ne purent s’y résoudre. D’où la disparition, par exemple, de la Cie des Sultanats et la chute des exportations concessionnaires.

4. La fluctuation des cours

II est juste de souligner que le régime concessionnaire n’était pas seul responsable : les compagnies souffrirent surtout de n’exploiter qu’un seul produit, le caoutchouc de cueillette, étroitement soumis aux fluctuations du marché qui subit localement la concurrence sévère du Congo de Léopold et qui, de surcroît, connut sur le plan mondial une dépréciation irréversible précisément au moment où, après avoir stagné pendant une dizaine d’années, la consommation s’accroissait.

Statistiques de la consommation mondiale[45]. (en milliers de tonnes)

1897 46 1909 68
1905 61 1910 66
1906 66 1911 73
1906 66 1912 98
1907 69 1913 112
1908 65 1939 900

La vogue du caoutchouc correspondit, on le sait, à l’essor de l’industrie des pneumatiques lié aux progrès de la construction automobile. Les tonnages du produit passés sur le marché d’Anvers, débouché de la côte occidentale d’Afrique, sont à cet égard révélateurs :

Importations du caoutchouc congolais à Anvers[46]. (en tonnes)

1889 4,7 1897 1679
1890 30 1898 2014
1891 21 1899 3402
1892 62,9 1900 5698
1893 167 1901 5849
1894 274 1902 5408
1895 531 1903 5726
1896 1115 1904 5735

Au Congo français, le caoutchouc avait démarré plus tard que dans l’État Indépendant. La production se ressentit seulement en 1903, et surtout en 1904, de l’apparition du régime concessionnaire. Or, dès 1907, le coup d’arrêt fut donné par la crise industrielle américaine, corollaire de la crise financière. Les cours s’effondrèrent au milieu de l’année. La production qui avait jusqu’alors suivi la hausse des prix accusa la baisse avec un retard de quelques mois, délai inévitable entre la récolte et les ventes en Europe. D’où une chute des exportations de 500 t l’année suivante (de 1 933 à 1 441 t) lorsque, les prix ayant baissé de 50 %, les concessionnaires refusèrent aux producteurs la rémunération en marchandises à laquelle ils avaient jusqu’alors été habitués.

La reprise favorisa à nouveau l’essor du caoutchouc. Les cours furent maxima en 1910 (25,50 frs par kilo[47]). Mais en 1913, de nouveau, ils s’effondrèrent. L’avilissement provenait cette fois-ci de l’apport de meilleure qualité des plantations d’Extrême-Orient :

Cours moyen du caoutchouc[48]. (en tonnes)

ANNEES PLANTATIONS PARA MEILLEURES SORTES CONGOLAISES
1910 34 ,30 34 25,50
1904/1913 16 15,75 12,50
1913 12,50 janvier
7,50 juillet
6 octobre
12,50
10,50
9,20
11,50
6,25
4,75

Alors que les plantations sud-asiatiques entraient dans une ère de prospérité[49], en Afrique française la production s’écroula. Celle d’A.O.F. passa de 4 000 à 2 500 t, puis à 770 t seulement en 1920. Celle d’A.E.F. se maintint faute de mieux, les Africains restant tenus d’accepter les tarifs draconiens des concessionnaires, seule ressource dont ils pussent disposer pour acquitter le montant d’un impôt augmenté au même moment. Jusqu’en 1920 le gonflement de la production fut artificiellement maintenu en raison de l’effort de guerre : grâce aux mesures du gouvernement

« pour obtenir de l’indigène un travail plus en rapport avec ses moyens et les nécessités du moment, [les agents des Sociétés], encouragés et aidés par les fonctionnaires locaux obéissant à des ordres supérieurs et au sentiment de leur devoir, n’ont pas ménagé leurs efforts »[50].

Mais le cours se releva seulement vers la fin du troisième trimestre 1919, passant progressivement de 5 et 6 frs à un peu plus de 10 frs (prix maximum) avant de fléchir à nouveau à moins de 6 frs un an plus tard[51], et même 3 frs à la fin de l’année[52].

La crise des années 20 acheva de désorganiser le marché. A partir de cette date, même les dividendes des Sociétés de Malaisie tombèrent à 3,2 et même à 2,1 %. Car la consommation n’avait pas suivi le rythme de la production, qui décupla de 1910 à 1930, avec l’arrivée sur le marché, entre 1920 et 1925, de l’énorme apport des plantations qu’on avait multipliées cinq ans plus tôt[53]. On mesure l’évolution en songeant que le prix de vente du caoutchouc sylvestre était passé, en moins de dix ans et en dépit de la hausse des prix, de 12 à 15 frs germinal à moins de 6 frs, valeur proche du prix de revient. Le mouvement était irréversible : le prix du caoutchouc, sur le marché de Londres, s’abaissa par rapport à la base 100 en 1913 à 65 en 1926 et à 13 en 1930. Les bénéfices exorbitants d’avant-guerre étaient révolus.

Plusieurs Sociétés donnèrent l’ordre de suspendre les achats aux Africains ou, du moins, de répondre au refus du Gouvernement général d’abaisser le taux de rétrocession par le rejet du produit versé au titre de l’impôt. La Ciedes Sultanats avait stoppé ses ventes dès la fin de 1920, et cessa toute opération sur le caoutchouc en 1921[54]. La S.H.O. arrêta ses achats en mars de la même année[55]. La Kotto fit de même[56] et menaça de suspendre également le commerce d’ivoire. La C.F.H.C. cessa sa production jusqu’en 1923[57]. Les exportations tombèrent à 710 t en 1922. Les Sociétés suscitèrent une série d’articles contre le taux abusif des droits de sortie en période de marasme[58], alors que le Gouverneur général d’Indochine accordait à ses planteurs des primes à l’exportation et que certains négociants commissionnaires de Paris (Alcan) réduisaient leur part de moitié pour aider les exploitants d’A.E.F.[59]

Les récoltes reprirent en 1923 et les cours atteignirent de nouveau un niveau inespéré. Les Anglais, en effet, pour conjurer la crise en limitant une production qui menaçait de s’enfler d’année en année, mirent en application le « Plan Stevenson » qui prévoyait une restriction volontaire des exportations par le stockage de 40 % du caoutchouc. Les effets s’en firent sentir dès 1925 : le prix du caoutchouc remonta de 95 %. En même temps, la hausse de la livre sterling entraîna pour la France des taux très rémunérateurs sur la vente des produits, en raison d’opérations de change particulièrement bénéficiaires. En 1926 encore, Gide vit à Fort-Sibut cinq commerçants acquérir la totalité de la récolte locale à 7,50 frs le kilo, « ce qui peut paraître un prix fort raisonnable à l’indigène, qui ne vendait le caoutchouc, récemment encore, que 3 frs ». Mais les enchères pouvaient monter jusqu’à 18 frs le kilo et les cours s’élevèrent à Kinshasa jusqu’à 30 et 40 frs[60]. Le caoutchouc de la Cie Forestière trouva preneur jusqu’à 48 frs le kilo[61]. La courbe du prix moyen de vente du caoutchouc des Sultanats reflète les fluctuations de la période[62].

Caravane de caoutchouc

Caravane de caoutchouc

La hausse ne dura pas, car les planteurs des Compagnies néerlandaises avaient refusé d’adhérer au Plan Stevenson. En outre, les Américains s’en trouvèrent finalement lésés : l’industrie automobile souffrait de voir le prix du caoutchouc doubler en une seule année. Aussi, vers 1928, cette politique fut-elle abandonnée. Au mouvement de hausse succéda un effritement des cours. De 1925 à 1928 les prix s’abaissèrent progressivement de 65 à 21 frs le kilo. Ils tombèrent même à 9 frs avec la libération des stocks accumulés en Malaisie. Le krach de 1929 acheva d’effondrer les cours. En 1930 le caoutchouc se vendait 3,50 frs ; en 1932 il ne valait plus que 1,25 fr le kilo[63].

La crise prit dans les colonies les proportions d’une calamité. L’effondrement des cours entraîna l’arrêt total des achats aux Africains. Ceux-ci, déjà appauvris, soumis sans le savoir aux aléas du marché mondial, sombrèrent dans le dénuement. Les exportations de produits furent presque totalement supprimées et les postes d’achat fermés. Le caoutchouc de cueillette, tombé à moins de 500 t, connut seulement un renouveau exceptionnel à l’époque de la seconde guerre mondiale. Mais la production se réduisait à 50 t seulement en 1946[64].

5. Les producteurs africains

Face à la consommation mondiale (900 000 t en 1939), la production du Congo apparaît dans toute sa médiocrité. On ne peut que s’étonner de la démesure des efforts tentés par l’Administration et des souffrances endurées par les populations pour un si piètre résultat.

Si le caoutchouc de cueillette se maintint si tardivement, c’est, répétons-le, parce que dans de nombreuses régions les Africains ne disposaient guère d’autres ressources pour acquitter l’impôt. Dès lors, la question se pose de déterminer quelle somme d’efforts leur était imposée pour la récolte. On sait que, pour obtenir un kilo de caoutchouc, un bon travailleur devait effectuer quatre jours de travail continu. En fait, laissé à lui-même, l’Africain produisait environ 4 kg par mois. Le maximum atteint sous surveillance dans le même temps était de 8 kg. Jusqu’à la guerre, la taxe de capitation se montait à 5 frs et le caoutchouc était payé au producteur jusqu’à 2 et 3 frs par les commerçants libres, mais seulement 1 fr, et plus souvent 60 à 80 centimes par le concessionnaire. A supposer que tous les hommes adultes en état de travailler se fussent livrés à ce travail, l’Africain effectuait en moyenne, pour ce faire, au moins un mois, plus souvent un mois et demi ou même deux mois de travail sur la concession. C’était probablement un maximum. Si l’on estime à deux millions et demi environ la population totale (Gabon, Moyen-Congo et Oubangui-Chari) touchée par la capitation, si l’on ajoute que le nombre moyen de personnes par ménage (homme plus femme plus enfants) était de l’ordre de cinq[65], on s’aperçoit qu’un travailleur produisait en moyenne (pour un total de 2 000 t) 4 kg de caoutchouc par an. Ce chiffre est confirmé par des sondages plus localisés : le Moyen-Congo, terrain privilégié des concessionnaires, exportait en année moyenne 600 t de caoutchouc. Le recensement de 1913, approximatif mais révélateur du nombre d’habitants alors touchés par la capitation, estimait la population à 957 000 habitants, dont 115 200 adultes masculins en âge de travailler[66]. Un calcul identique au précédent donne une production annuelle moyenne de 5,2 kg par homme, équivalant à la quantité exigée pour acquitter l’impôt. Si l’on tient compte du fait que certains produits de remplacement (comme les palmistes) commençaient tout juste d’apparaître, la production correspondait à l’impôt augmenté d’un léger supplément : soit que les concessionnaires eussent réussi à l’imposer par la contrainte, soit plutôt que les habitants eussent éprouvé par eux-mêmes le besoin de disposer d’un minimum d’argent nécessaire à leurs achats.

Exportations de caoutchouc du Moyen-Congo[67]. (en tonnes)

ANNEES CONCESSIONS COMMERCE PRIVE TOTAL
1906 665 193,1 848
1907 780 136,6 917
1908 581 645
1909 702
1910 547
1911 781
1912 544 95 639
1913** 315 607
1914
1915 253
….
1923 580 27 607

** Y compris les exportations de la C.F.S.O. (issues principalement du territoire cédé à l’Allemagne).
*** Exportations de la C.F.S.O., caoutchouc originaire du Moyen-Congo. Assemblée générale de la Société, Arch. Crédit Lyonnais.

Autrement dit, la production du caoutchouc était étroitement redevable à l’impôt de capitation. Sans cette obligation, elle serait probablement demeurée à peu près nulle. L’effort demandé n’était certes pas négligeable. Mais il n’apparaît pas excessif : le rapport d’enquête de 1905 était probablement dans le vrai, qui incriminait, moins que la perception elle-même, peu aimée mais acceptée sans troubles majeurs, les méthodes de contrainte utilisées par les concessionnaires qui transformaient en brimade insupportable une obligation au demeurant tolérable[68].

Exportations de caoutchouc du Gabon[69]. (en tonnes)

1900 362 1910 313 1920 73
1901 317 1911 281 1921 12
1902 301 1912 306 1922 12
1903 282 1913 228 1923 27
1904 299 1914 180 1924 91
1905 321 1915 53 1925 110
1906 359 1916 212 1926 47
1907 486 1917 1927 38
1908 186 1918 82 1928 19
1909 289 1919

Cependant, tous les Africains ne se livraient pas au travail du caoutchouc. Dans certaines régions, il existait d’autres ressources. Ainsi, au Gabon, les hommes trouvèrent-ils chaque jour davantage à s’employer sur les chantiers forestiers, dans les plantations de la côte (café, cacao, etc.) ou au service des Européens. Avec 400 000 habitants environ, et une production moyenne annuelle de 3 à 400 t avant guerre, la récolte par homme tomba à seulement un kilo. Même pendant la guerre, malgré le programme d’intensification de la production prévu par la circulaire du 13 février 1915 et appliqué surtout l’année suivante, les exportations furent médiocres[70]. Ensuite, en raison de l’essor de l’okoumé, le caoutchouc disparut progressivement.

Les exportations par ports, pour les années connues, étaient les suivantes (en tonnes) :

ANNEES SETTE-CAMA LOANGO
1900 142 99
1901 159 77
1902 91 70
1903 79 62
1904 76 76
1905 84 85
1906 56 89

En Oubangui-Chari, en raison de conditions naturelles généralement défavorables, la Cie des Sultanats et la Cie du Kouango assuraient à elles seules la plus grande part de la production :

Caoutchouc d’Oubangui-Chari[71]. (en tonnes)

ANNEES KOUANGO SULTANATS
1903 25,5 107
1904 16 162
1905 22 219
1911 59 375
1912 83 414
1913 112 293
1914 69 102
1915 150 244
1916 293 440
1917 445 441
1918 440 440
1919 334 450
1920 248 402
1921 63 296
1922 104
1923 210
1924 218
1925 73 123
1926 263 101

De la même façon, au Moyen-Congo, la production du caoutchouc, progressivement remplacée par la traite des palmistes, se maintint surtout sur le territoire de la Cie Forestière. En 1923, celle-ci produisait 458 t sur un total de 607, contre 271 seulement au commerce libre[72].

Après 1920, le nombre des travailleurs du caoutchouc décrut sensiblement pour une production moyenne totale d’environ 1 500 t par an, donc supérieure à la période précédente. Sauf en cas d’expériences limitées de cultures obligatoires (comme pour les rhizomes en Oubangui-Chari), les récolteurs se cantonnèrent dans les zones encore concédées. Leurs conditions de vie s’aggravèrent : pour un prix d’achat nominalement resté le même, l’écart avec la valeur payée avant-guerre atteignit parfois, en raison de l’inflation, le rapport de 1 à 16[73]. Or, dans le même temps, le taux de la capitation était passé de 5 à 10 ou même 15 frs. L’Africain, tenu de travailler trois ou quatre fois plus longtemps pour acquitter sa contribution, devait alors fournir environ trois mois de travail à titre gratuit. En même temps, les conditions de la production devenaient de plus en plus pénibles, à mesure que l’épuisement des peuplements situés à proximité des villages, attesté par de multiples témoignages, le contraignait de s’éloigner de plus en plus loin et de plus en plus longtemps de son domicile, pour vivre en forêt ou au milieu de fourrés marécageux souvent infestés de mouches tsé-tsé. Aux conditions sanitaires détestables s’ajoutaient les difficultés de l’approvisionnement en vivres et l’obligation de porter sur de longues distances le produit récolté. Le tout accroissait encore la durée de son absence. S’il désirait en outre mettre de côté le pécule indispensable à l’acquisition de quelques objets de première nécessité, son effort, prolongé cinq, six mois ou même davantage, devenait bien supérieur à celui d’avant-guerre, pour un pouvoir d’achat très inférieur. Autrement dit, alors que la moyenne du travail fourni par individu avait augmenté sur la concession et que les exportations s’étaient accrues en conséquence, le producteur n’en retirait aucun avantage, bien au contraire.

Le travail du caoutchouc, fardeau naguère pesant mais supportable, était devenu localement un fléau qui accablait des populations exaspérées par la vanité de leurs efforts. C’est ainsi qu’à juste titre le perçut en pays baya André Gide, qui évoquait le

« régime abominable imposé aux indigènes par les Grandes Compagnies concessionnaires […]. La situation faite aux indigènes, aux ‘saigneurs de caoutchouc’ comme on les appelle, par telle ou telle de ces compagnies, [l’est] pour le seul profit, pour le seul enrichissement de quelques actionnaires.

Qu’est-ce que ces grandes compagnies, en échange, ont fait pour le pays ? Rien. […] Elles l’ont exploité […], saigné, pressuré comme une orange dont on va bientôt rejeter la peau vide. »[74]

Le caoutchouc congolais, fruit d’une politique concessionnaire périmée, sans même profiter au négociant européen en raison de la dépréciation des cours et de son volume insignifiant face à la production mondiale, était maintenu seulement au nom de la nécessité d’un impôt dérisoire. Les méfaits de cette exploitation furent sans commune mesure avec les résultats obtenus.


[1] Les lianes viennent en effet comme des arbustes, dix à vingt sujets se dégageant en taillis d’une souche principale.

[2] Moyen-Congo, Rapport annuel, 1913, Aix, 4 (2) D.

[3] Méthode utilisée par la C.F.H.C. Moyen-Congo,Rapport économique, 1923,op. cit.

[4] Une liane pouvait supporter cinq à six incisions. [207], pp. 34-35, et Moyen-Congo, Rapport annuel, 1913, op. cit.

[5] Rapport de H. Bonassiès, administrateur de la Sangha, J.O.C.F., 1erdéc. 1899, p. 8.

[6] Gabon, Rapport d’ensemble, 1916, Aix, 4 (1) D.

[7] Au Gabon, les boules avaient 5 à 6 cm de diamètre (mais seulement 1 à 2 cm dans la Ngounié) ; elle étaient arrondies et déformées par leur séjour en factorerie. Les plus belles étaient brunes et non poisseuses. Les plus altérées, noirâtres et agglomérées entre elles. A la coupe, on trouvait un caoutchouc dense et blanc nacré. Gabon, Rapport d’ensemble, 2e sem. 1904, [333], p. 77. Les boudins étaient produits sur le territoire de la Ngoko-Sangha voisin du Cameroun. Moyen-Congo, Rapport économique, 1923, op. cit.

[8] Arrêté du 8 déc. 1915. Gabon, Rapport d’ensemble,1916, op. cit.

[9] Équipe de Lakakoua sous la surveillance de l’agent Furet ou de N’Dollé sous la dépendance de l’agent de Mossaka. Le caoutchouc était payé 1 fr le kilo, en argent. Moyen- Congo, R.G., S.C, 1914, Aix, 8 Q.

[10] A partir de 1918, 71 travailleurs furent recrutés dans la Subdivision de Soufflay, 15 dans celle de Sembé, 95 à Souanké. Nouveau-Cameroun, Rapport, er trim. 1918, Aix, 5 D.

[11] Comptes rendus à l’Assemblée générale annuelle, 16 mai 1911 (Assemblée extraordinaire), et 7 nov. 1911 (bilan de l’exercice 1910), Arch. C.F.S.O.

[12] Compte rendu à l’Assemblée générale, 30 déc. 1914 (exercice 1913), Arch. C.F.S.O.

[13] Moyen-Congo, Rapport annuel, 1911, Aix, 4 (2) D.

[14] Moyen-Congo, R.G., S.C., 1914, op. cit.

[15] Moyen-Congo, Rapport annuel, 1911, op. cit.

[16] Oubangui-Chari, Rapport économique, 1925, op. cit.

[17] Graines fournies par l’intermédiaire du Jardin botanique de Kew (Londres) au Jardin de Paradenja à Ceylan. [207], p. 36.

[18] En valeur, plus de quatre millions de livres en 1904, contre 626 600 pour la Côte occidentale d’Afrique et seulement 214 000 pour la presqu’île de Malacca. Conseil général à Liverpool à A.E., Liverpool, 26 oct. 1905, Conc. XXV-B(3).

[19] [207], p. 50.

[20] D’après les sources britanniques. [207].

[21] Exactement 11,9 % en 1910 et 56,9 % en 1914. Cie des Sultanats du Haut-Oubangui, Assemblée générale, 1914, Arch. Crédit Lyonnais.

[22] Perpillou [46], p. 160.

[23] Décret du 5 janvier 1899. Poskin, op. cit., p. 20.

[24] Cependant, leur situation restait précaire à cause du coût des transports et surtout du manque de main-d’œuvre, dont l’abondance faisait en revanche la fortune des plantations sud-asiatiques. Aussi les plantations congolaises firent-elles retour à la forêt vierge lors de l’effondrement des cours en 1920. Merlier [185], p. 74.

[25] 153 500 pieds existaient au 31 déc. 1908, 354 882 au 31 déc. 1909. On avait donc planté, pour la seule année 1909, 201 882 pieds. R.G., S.C., 1909, Conc., IV-9.

[26] La Lobaye employait 57 ouvriers sur deux plantations de 53 ha. La Haute-Sangha avait créé des pépinières « importantes » confiées à une main-d’œuvre « nombreuse et bien dirigée ». La Société des Factoreries de Ndjolé était en voie de réussir le repiquage de 5 500 funtumias en deux plantations de 500 ha chacune. L’Ongomo avait aménagé la forêt sur 15 ha en faisant pratiquer par dix ouvriers permanents des sentiers de pénétration et 2 500 boutures de lianes. La Cie Française du Congo avait confié à une trentaine d’ouvriers 12 200 plants d’irehs et une pépinière de 10 000 sujets. La Sangha Équatoriale avait planté 27 ha en irehs. Seules les sept plantations de la Ngoko-Sangha (« dont une seule mérite d’être comptée, et encore, à cause de la rareté de la main-d’œuvre, le tiers des irehs […] a disparu ») étaient jugées sévèrement. R.G., S.C, 1909, op. cit.

[27] L’Ouhamé-Nana avait une seule plantation en bon état, à Nana. La Société Bretonne du Congo, avec dix ouvriers permanents, entretenait trois plantations et une pépinière d’irehs. Ibid.

[28] En 1902, 5 000 pieds d’arbres à caoutchouc avaient été mis en terre sur 15 ha autour de Mowanda, et 30 000 en pépinière. Van Grunderbeck, directeur en Afrique, à G.G., 1902, Conc., XXVII-A. Le long de la rivière Bangui, la Société avait planté 30 000 lianes dans la partie boisée, et 100 000 pieds d’irehs en pépinière. Enquête de l’administrateur du Haut- Oubangui, 20 mars 1902, ibid. Le tout avait été abandonné en 1903, mais de nouveaux agents firent dégager quelques arbres autour de Mowanda en 1905 (12 à 1 300 pieds saccagés par une taille mal comprise). La dernière reprise datait de 1908 : on dénombrait alors environ 10 000 lianes débroussaillées et 18 ha en huit blocs, plantés de 3 500 irehs de quelques mois à sept ans (ces derniers de 5 à 7 m de haut et de 30 à 60 cm de circonférence). Mobaye, Rapport d’inspection, 1908, Conc., XXVII-A.

[29] R.G., S.C, 1909, op. cit.

[30] R.G., S.C, 1910, Conc., IV-9.

[31] Gabon, Rapport annuel,1911, Aix, 4 (1) D.

[32] M.C à C.G., dépêche ministérielle sur le Manihot glaziovii, Jardin colonial, Nogent-sur- Marne, 10 juil. 1900, J.O.C.F., 1er nov. 1900.

[33] Conc. XXIX(2)-A(4).

[34] S.S.S., 1908, Conc., XXLX(2)-A(4).

[35] R.G., S.C., 1910, op. cit.

[36] R.G., S.C., 1912, Conc., IV-9.

[37] Moyen-Congo, Rapport annuel, 1911, op. cit.

[38] La Cie des Sultanats, par exemple, affirmait avoir dépensé 400 000 frs pour ses plantations condamnées par avance par l’absence de conditions naturelles favorables. Au total, 1 084 628 pieds étaient dénombrés au 31 janv. 1910, contre 1 314 398 pieds qui auraient dû être mis en terre, compte tenu du tonnage exporté par les Sociétés. Théoriquement, le déficit était donc très faible. R.G., S.C., 1910, op. cit.

[39] Production de la région :

1922 15T 1924 63,6T
1923 27,8T 1925 132,7T

« Aujourd’hui, l’œuvre est en bonne voie, et la plupart des régions possèdent de vastes plantations de céara qui commencent à fournir de très importantes ressources aux villages qui les ont créées […]. La création des plantations de céara a le mérite considérable de laisser le natif à son foyer. Il trouve à proximité immédiate de chez lui la plantation dont les produits lui fournissent la matière d’un profitable trafic sans qu’il ait à s’infliger des peines et privations qui lui répugnent à bon droit […]. Les indigènes se sont rendu compte des gains qu’ils en retirent et font ce travail volontiers. » Oubangui-Chari, Rapport économique,1925, op. cit.

[40] Gide [165], pp. 56-57.

[41] Ibid., p. 79.

[42] Angoulvant [57], p. 52.

[43] Après 1920, en revanche, le caoutchouc fut abandonné par les commerçants libres en raison de sa faible rentabilité. La C.F.S.O. exerça dorénavant un monopole de fait.

[44] Exportations de caoutchouc des compagnies concessionnaires, S.H.O. et C.P.K.N. non comprises (en tonnes) :

1903 495 1909 1 366
1904 892 1910 1 200
1905 1 120 1911 1 345
1906 1 338 1912 1 092
1907 1 377
1908 1 125 1915 800*

*Contre 570 par le commerce libre
R.G., S.C., 1909 à 1912, op. cit., et R.G., S.C., 1915, Arch. Pointe-Noire.

[45] « D’après les statistiques d’une grande maison anglaise », Assemblée générale annuelle de la Cie des Sultanats, 1914, Arch. Crédit Lyonnais.

[46] Rapport sur le marché du caoutchouc de Bordeaux, 1905, Conc., XXV-B (3).

[47] Le prix moyen de vente du caoutchouc de la Cie du Kouango fut en 1910 de 15,74 frs (minimum 12,125 frs, maximum : 23,225 frs) ; en 1911, de 10,44 frs. Assemblée générale annuelle, Arch. Crédit Lyonnais.

[48]  J. Weber, administrateur-directeur général de la C.F.S.O., Note sur la crise du caoutchouc, 6 nov. 1913, Conc., XXV-B.

[49] De 1913 à 1919, bien que la consommation eût triplé, le prix de vente du caoutchouc de plantation ne cessa de monter. Douze Compagnies britanniques distribuèrent, pendant près de dix ans, des dividendes supérieurs à 117 %. C’était le meilleur placement que l’on pût faire. Certaines Compagnies attribuaient jusqu’à 225 % dans les affaires de Malaisie. Perpillou [46], p. 161.

[50] Société du Kouango, Assemblée générale annuelle, 1916, Arch. Crédit Lyonnais.

[51] Vigneras, sous-directeur délégué du Département des Colonies près les sociétés concessionnaires, à M.C., Paris, 29 déc. 1920, Conc., XXV-B (1).

[52] « Il y a dix-huit mois, le caoutchouc type Sangha-Oubangui se vendait couramment six francs ; la colonie considérait qu’il valait 3 frs au départ de Brazzaville […]. Depuis 5/6 mois, les cours ont fléchi brutalement. Ces derniers temps, les quelques tonnes de caoutchouc écoulées d’A.E.F. se sont vendues à moins de 3 frs. » G.G. honoraire Angoulvant, Commissaire général de l’Exposition coloniale interalliée, à M.C., 9 sept. 1921, Conc., XXV-B(l).

[53] D’autant que les États-Unis avaient mis au point dans la période de guerre des procédés de régénération des vieux pneus, qui leur permettaient d’économiser 40 % de leurs importations de caoutchouc neuf. Perpillou [46].

[54] Cours moyen de ses caoutchoucs en 1920 : 7,03 frs ; en 1921 : 3,58 frs ; en 1922 : 3,53 frs ; en 1923 : 7,55 frs. Assemblées générales annuelles, Arch. Crédit Lyonnais.

[55] S.H.O. à M.C, 9 mars 1921, en raison de l’effondrement du cours, passé de trois shillings en 1919 à deux en 1920 et un seulement en 1921. Conc., XXV-B(l).

[56] Le prix de revient du caoutchouc était de 6,25 frs en Europe, alors qu’il était difficile à vendre 4 frs. Kotto au G.G. et à M.C., 26 févr. 1921, Conc., XXV-B(l).

[57] Assemblée générale annuelle, Arch. Crédit Lyonnais.

[58] « Une crise en A.E.F. », Annales Coloniales, 9 mars 1921. M. Marchain, « En Afrique Équatoriale. La poule aux œufs d’or. On est en train de la tuer… et on ne tardera pas à le regretter », Dépêche Coloniale, 7 mars 1921. Il est vrai que ces droits (qui contribuaient à faire vivre la colonie) étaient beaucoup plus élevés qu’au Congo Belge :

Congo Belge Congo français
Droits de sortie Droits de sortie Taxe de récolte Total
Caoutchouc de lianes 0,042 0,30 0,40 0,70
Caoutchouc d’herbes 0,032 0,15 0,20 0,35

[59] G.G. Honoraire Angoulvant à M.C., 9 sept. 1921, Conc., XXV-B(l).

[60] Gide [165], p. 57.

[61] J. Weber, Assemblée générale des actionnaires, C.F.S.O., 24 mars 1931, Arch. C.F.S.O.

[62] Voir p. 347.

[63] La crise fut réduite en 1934 par les accords signés entre les principaux producteurs : Grande-Bretagne, Pays-Bas, Indochine et Siam, qui prescrivaient des indemnités compensatrices au profit des planteurs qui consentiraient à réduire leur production au-dessous d’un contingent maximum. La mesure était encore en usage à la veille de la guerre. Elle permit de faire tomber, pour la première fois en 1935, la production un peu au-dessous de la consommation afin de liquider les stocks. Perpillou [46], p. 163.

[64] Production de la C.F.S.O., Assemblée générale annuelle, Arch. C.F.S.O.

[65] Chiffre correspondant à l’enquête démographique du Gabon, 1960-1961, dans la N’Gounié-Nyanga.

[66] Moyen-Congo, Rapport annuel, 1913, op, cit.

[67] Les années manquantes correspondent à celles où les exportations sont données conjointement à celles de l’Oubangui-Chari-Tchad. Chiffres extraits de [16], complétés par [198] et les Rapports généraux sur les mêmes Sociétés, 1909 à 1912, Conc., IV-9.

[68] Rapport de la commission d’enquête du Congo, Paris, 1907, p. 37.

[69] Chiffres tirés de [15] et [16], complétés par [198] et les Rapports généraux sur les mêmes Sociétés, 1909 à 1912, Conc., IV-9. Ces chiffres sont d’ailleurs faussés du fait qu’ils désignent non la production gabonaise, mais les exportations faites à partir des ports : Libreville, Cap Lopez, Setté-Cama et Loango (ce dernier jusqu’en 1922, époque de son rattachement au Moyen-Congo). Certaines estimations trop fortes sont donc à rejeter car elles englobent la production congolaise écoulée par le Gabon, ainsi celles reprises par [16], 1907 (en tonnes) :

1900 603
1901 555
1902 462
1903 423
1904 429
1905 490
1906 504

[70] Gabon, Rapport d’ensemble, 1916, Aix, 4 (1) D.

[71] Assemblées générales annuelles des Sociétés, Arch. Crédit Lyonnais. Le chiffre total des exportations du caoutchouc d’Oubangui-Chari n’est pas distingué de celui du Moyen-Congo.

[72] Détail de la production de caoutchouc, Moyen-Congo, 1923 (en tonnes) :

C.F.S.O. 458
Ngoko-Sangha 50,6
C.F.H.C. 70,5
Nkémé-Nkéni 0,6
Commerce libre 27,3
Total 607

Moyen-Congo, Rapport économique, 1923, op. cit.

[73] Le kilo était payé de 75 centimes à 1 fr dans l’intérieur. Ibid. Souvent les prix avaient même baissé : la Ngoko-Sangha était passée de 2 frs en 1912 à 1 fr le kilo sec en 1918. Situation économique de la Sangha, Missions Cottes et Périquet, 1911, Aix, 2 D, et Nouveau Cameroun, Rapport du 1er trim. 1918, Aix, 5 D. Les prix d’achat reflétèrent la hausse seulement à partir de 1925. Mais les concessionnaires la réduisirent au minimum : le caoutchouc de liane fut payé en 1925 jusqu’à 5 et 10 frs le kilo en Oubangui-Chari, sauf par la C.F.S.O. Oubangui-Chari, Rapport économique, 1925, op. cit.

[74] Gide [165], p. 78.