Michel Romano – « L’aventure de l’or et du Congo-Océan »

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Pour lire l’ouvrage de Michel R.O. Manot, suivre ce lien : L’aventure de l’or et du Congo-Ocean
Nous devons les scans du livre à Nicolas Rouzé.
Une fois de plus, grand merci à lui de nous faire profiter de son fonds documentaire.


Nous avons sans la moindre vergogne emprunté à l’excellent blog de Fabrice « voyage-congo.over-blog.com « , l’article qu’il a consacré à cette grande figure de la colonie, sans croire tout à fait que l’homme ait été aussi parfait qu’il nous le décrit.

Dolisie : Michel Romano, le pionnier

La villa ou la « case » Romano a été construite en 1957 à Doilisie par Michel Romano. C’est l’un des pionniers français de la mise en valeur de la région de Dolisie, que j’ai déjà évoqué à plusieurs reprises.

La "case Romano" à Dolisie (vers 1960) © Yves Romano)

La « case Romano » à Dolisie (vers 1960) © Yves Romano)

Je présume que c’est cette même bâtisse que j’ai vu en 2013, bien que la construction soit fortement modifiée. Le volume global correspond à celui de la maison visible sur la photo ci-dessus, mais les toitures et façades ne sont plus les mêmes. On reconnaît au premier plan, le muret de soutènement du « jardin » dévalant la petite colline.

Une rue d’un autre quartier de Dolisie porte aujourd’hui son nom.

Michel Romano (tout à gauche) à Dolisie (vers 1940) © Yves Romano

Michel Romano (tout à gauche) à Dolisie (vers 1940) © Yves Romano

Je ne sais pas ce qui motiva le français à partir pour la colonie du Moyen-Congo. Ancien combattant de la Première Guerre Mondiale (il fut blessé dans les combats de l’Artois en 1915), il habitait à Palaiseau (Essonne) au sud-ouest de Paris. Il travailla après guerre à la remise en état du chemin de fer Verdun-Montmédy. Spécialisé dans le béton armé, il est recruté par les Batignolles et est volontaire pour partir en AEF.

Le pionnier découvrit le rude climat du Mayombe et sa faune, alors abondante. Il apprivoisa ainsi un jeune chimpanzé « bleu », qui fut prénommé Joseph ! Plus sérieusement, Michel Romano travailla sur le chantier du chemin de fer Congo-Océan, principalement sur la section côtière, tout d’abord au Km 93, à compter de mai 1927.

Michel Romano avec un chimpanzé du Mayombe vers 1927 (© Romanot)

Michel Romano avec un chimpanzé du Mayombe vers 1927 (© Romanot)

Ensuite, ce furent les campements du Km 102 et du Km112, aux côtés des ouvriers Saras, où il resta deux ans. Il prit la Direction de la Mission d’Etudes du Congo-Océan en 1929.

C’était un soutien et un admirateur de la volonté de fer du Gourverneur Antonetti. Il appréciait que l’homme se rende sur le terrain pour voir « grandeur nature » l’avancée des travaux du « Brazzaville-Océan » (première dénomination de la voie ferrée). Même si cela ne lui a pas toujours porté chance .

Romano a relevé sur sa section uniquement la mort de deux de ses ouvriers, par accident,ce qui semble bien peu. Il fait part de la mort d’une trentaine d’Européens pendant toute la durée de la construction du CFCO.

Michel Romano et des ouvriers Saras du chemin de fer vers 1929 (© Romanot)

Michel Romano et des ouvriers Saras du chemin de fer vers 1929 (© Romanot)

Romano s’installa en 1929 à M’Vouti et prit part aux travaux du tunnel du Mont Bamba,pour lequel à la demande d’Antonetti, il proposa un nouveau tracé. Ce qui lui valut des inimitiés.

Romano s’attela également à démontrer la présence de gisements de métaux intéressants à exploiter au Congo, notamment de l’or dans le Mayombe. Il fut presque pris pour un fou et eut mille peines à faire valoir ses découvertes. L’exploitation à grande échelle ne vit le jour qu’une vingtaine d’années après ses premières trouvailles en 1927 (au Km 93).

Il obtient un permis d’exploitation minière en juillet 1934. Embrouilles administratives, malchance, dettes, concurrence malveillante, Romano eut bien du mal à tirer des bénéfices dans les premières années de cette aventure.

Michel Romano () avec un trophée de chasse (© Romanot)

Michel Romano (?) avec un trophée de chasse (© Romanot)

Le chemin de fer achevé, Michel Romano avait prévu le fort développement de la ville de Dolisie autour de la gare ferroviaire. Beaucoup de ses contemporains étaient sceptiques. Mais les décennies suivantes lui donnèrent raison, Dolisie poussa comme un champignon.

Lui-même construisit sa « case » dans le quartier de la gare. Michel Romano fit venir son épouse au Congo en septembre 1931. La vie quotidienne fut bien souvent difficile, avant l’installation à Dolisie en 1934, et après dans les années de galère du chercheur d’or.

Le 23 juin1940, Michel Romano signa avec 34 autres Européens une déclaration qui considérait l’armistice signé par Pétain comme nul. Elle fut envoyée au Gouverneur Général Boisson. C’était seulement 5 jours après l’appel de Londres du général de Gaulle. Il participa aux opérations pour rallier le Gabon à la »France Libre ».

Vue aérienne de la gare CFCO de Dolisie vers 1955 (carte postale)

Vue aérienne de la gare CFCO de Dolisie vers 1955 (carte postale)

Michel Romano a quitté le Congo en 1965, sans avoir fait fortune, après 40 ans passés en Afrique. Il s’installa avec sa femme Yvonne à Villeneuve-sur-Lot. Le couple de septuagénaires eut bien du mal à se réhabituer à la vie en France,regrettant le temps des « bons nègres » qui étaient leurs amis, plus que beaucoup d’Européens du Congo, qui par jalousie avaient cherché à leur nuire…

Ces informations sont bien sûr en majorité issues du livre « L’aventure de l’Or et du Congo-Océan » que Michel Romano publia en 1950 sous le pseudonyme « R.O.Manot ». Et aussi de quelques informations fournies par son petit-fils, Yves Romano, qui prépare un nouvel ouvrage à paraître sur l’épopée de son grand-père au Congo.

 

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