Otweré – Socle de la société Mbochi

mbochi

La société mbosi constituée des terriens et des gens d’eau ont en commun la civilisation d’Otweré. En pays ngala cela correspond à la judicature. Cette philosophie est fondée sur la justice sociale. Ainsi otwere est égale à l’union de la sagesse et de la vertu chez un individu. L’otwere est une caste dirigeante et qui anime tout : véritable conseil d’aînés,  responsable de la conduite morale, des lois et des coutumes, de l’histoire.

Etant très Respectueux de leur histoire, les ngala ont spécifié les ibela (obela au singulier), une catégorie de twere, dépositaires et transmetteurs de la connaissance historique. L’emblème qu’ils tiennent comme insigne de souveraineté est le mwanzo, espèce de balai fait de nervures de palmier, symbolisant la sagesse, la science, la culture générale (ne peuvent le tenir que les initiés et les femmes). Un obela doit être éloquent, car il est un twere d’exception. Sans l’obela,  la généalogie de l’okani (chefferie) serait impossible en pays ngala, ni d’ailleurs d’autres cérémonies telles que :le mariage, les accords, les jugements. Les twere ont toujours représenté une pensée centrale, une tradition, La véritable unité spirituelle ngala : gens d’eau et terriens. Ceci est le fondement d’une unité « nation », une identité nationale transparaît dans les grands centres urbains où ils se trouvent quelle que soit leur origine ethnolinguistique, tous y participent (initiés à l’otwere), sans y être forcement conviés aux divers procès de judication coutumiers ou aux cérémonies rituelles d’intronisation, de succession, d’héritage et reçoit son indemnité de session. L’okani est un espace géographique et surtout politique sur lequel s’exercent tous les pouvoirs d’un chef investi, couronné kani le ngamba, à savoir : les pouvoirs agraires, sur la répartition des terres à cultiver en cas de conflits. Les pouvoirs politiques (décision à prendre sur les intérêts des villageois), les pouvoirs administratifs (par exemple la levée des troupes, amani-bira : pour la défense de la communauté, et enfin les pouvoirs mystiques (l’influence d’ordre traditionnel sur les mentalités, l’action sur la pluie, l’action sur le cœur des hommes en arrêtant par exemple leurs querelles), les pouvoirs judiciaires bien sûr.

A cause de ces pouvoirs les ngala doivent encore aujourd’hui respect et soumission au kani, Ils se le représentent comme un personnage au-dessus de tous les humains. La terre lui appartenant bien sûr : tseng’a kani incarnant la sagesse pour tout le monde. Le chef de la famille, le maître de la justice. Taillé à l’image de son totem, le léopard, gwe. L’animal le plus craint chez les terriens à cause de sa férocité, sa voracité, sa témérité. Le kani tient son pouvoir de dieu, nzambe, par l’intermédiaire et sous le contrôle des esprits des ancêtres. par conséquent nzambe lui donne l’otwere. Tout kani est un twere, un sage.

Les ngala « gens d’eau » quant à eux sont structurés en véritable cités-états, comme le citent les explorateurs européens de la fin du XIXe siècle en découvrant les lagunes likuba, véritables fourmilières humaines, de « véritables Venise » à cause des cases sur pilotis. Les cités-états likuba sont des communautés territoriales très homogènes construites autour d’un lac. Agglomération de villages séparés les uns des autres par de bandes de terre vierge ou mise en culture

  • Portion de lac à ajouter à la portion de terre
  • forêts flottantes = limite territoriale sur les eaux du lac
  • village = unité politico-sociale de base de la société
  • communauté villageoise =chefferie autonome
  • Chefferie = plusieurs lignages
  • le chef du village = mokondzi o mboka, chaque village indépendant et s’occupe de ses propres affaires, pas d’autorité unique

Albert Dolisie à la fin du XIXe siècle,  présente Bonga construit au confluent de la sangha et du fleuve Congo comme une vraie cité-état que dirige le Roi N’Dombi 1er,  avec confirmation de l’autonomie des villages. Village Bonga = constitutif des : bobangui, bangala, mbosi, sangha, dont certains chefs sont suzerains des autres.

Contrairement aux apparences, les gens d’eau et terriens ont une solide implantation dans la cuvette congolaise et ce depuis les XVe et XVIe siècle. Ils étaient impliqués dans une vie de complémentarité, active et d’échanges. Le principale échange a toujours été le manioc contre le poisson, les poteries, les huiles, le sel etc. A partir du XVIIe siècle, les gens d’eau, les bobangi et likuba prirent part au commerce d’esclaves,  en véritables courtiers de la cuvettes congolaises, pour les commerçants venant de la côte atlantique :les muburi(vili),les pombeiros (métis kongo),c’est comme ça qu’ils sont dénommés dans les textes des négriers aux XVIIe et XVIIIe siècles ; quant aux bobangi ils sont nommés « quibange », les kongo et les nzombo, et à partir du XIXe siècle au commerce d’ivoire dès l’abolition de l’esclavage. Ces contacts avec l’extérieur ouvrirent avant ces périodes pré coloniales la cuvette congolaise à la civilisation européenne, ici symbolisée par les produits manufacturés européens tels que les draps, couvertures, la quincaillerie.

Avant la venue des européens, en 1878, les « gens d’eau » avaient une vie d’échange dynamique. le commerce dans et sur le fleuve était réglementé. Les « gens d’eau » avaient divisé la cuvette en zones commerciales avec monopoles d’exploitation.

  • Les likuba : sur l’Alima et son affluent la Mpama
  • Les habitants de Bonga au confluent de la Sangha et du fleuve Congo
  • Les buenyi sur le Kouyou, intermédiaires entre les likuba et les bobangi, avec les likuba ils ont le sens du placement sur les itinéraires commerciaux.
  • Les likwala en amont de Loboko, organisent leurs propres convois, « moluka » dans la haute Likouala-Mossaka et dans la Mambili.

Des citées de péages étaient implantées à tous les points de confluence de ces affluents. Position stratégique à l’évidence,  permettant aux chefs des droits de passage de la part des commerçants partis de l’amont des rivières vers le fleuve Congo :

  • Loboko : confluent de la Likouala-Mossaka et du Kouyou
  • Konda : confluent de l’Alima et du fleuve Congo
  • Bongo : confluent de la Sangha et du Congo
  • Bobangi : confluent de l’Oubangui et du Congo

Il fallait nouer des relations particulières avec l’un ou l’autre notable (chef de famille influent ou chef du village) de la cité passagère et péagère pour y effectuer normalement des opérations de vente et d’achat ou pour la traverser. Ce système était commun aussi aux terriens (monopoles et péages) fournisseurs de vivres d’amont : chaque sous-groupe ethnique tenait son monopole sur son espace propre et ses courtages à la lisière avec les voisins, les chefs coutumiers, IBELA faisant office de professionnels coutumiers.  Les « bweta » ou canyon considéré comme un passage dangereux et s’étendent sur tous les cours d’eau de la cuvette congolaise.
Par le Kouyou, avant Owando : le piroguier doit affronter les eaux du bweta dit « kind’o dzoko » Des seigneurs péagers s’installèrent à leur entrée ou sortie pour percevoir les droits de passage.

C’est ainsi qu’à Linnengue, un quartier d’Owando, les marchands likwala (ils sont dits angye) se rendaient toujours chez mwene Obouralogo, kani de ce village dans les années 40-50. Leurs campements temporaires devinrent définitifs bien après et se transformèrent en quartiers du village linnengue. C’est le cas des villages ongoyo, indanga,asali ibongo,l’ombongoaux environs de l’aéroprt d’owando.

Ces « gens d’eau » installées, ont acquis des droits sur des domaines de Linnengue, l’actuelle ville d’Owando possède des quartiers Likuba, Likwala et Buenyi, ils s’y sont installés selon la même procédure. L’aristocratie koyo a permis l’installation à sa porte de la bourgeoisie d’affaires, et transformé le village en cité-état avant l’arrivée des européens. Owando est une cité pluriethnique par ce fait à la couche ngombe autochtone est venue se surimposer vers le XVIIIe siècle la couche mbosi, qui sont des conquérants venus avec Okiemba et Boumade la boucle de l’Alima,  pays nguilima.les « angye » se sont implantés après cette conquête selon les tradi historiens koyo.

Angèle Konzot
in congopage.com

Monsieur Joseph Itoua a consacré en 2006 une thèse de doctorat d’histoire à l’Otweré, elle est consultable en suivant le lien qui suit :
L’INSTITUTION TRADITIONNELLE OTWERE CHEZ LES MBOSI OLEE AU CONGO-BRAZZAVILLE Par Joseph Itoua