Petit historique de la ville de Pointe-Noire par Mouélé Kibaya

 

Les contacts entre l’Europe et les royaumes côtiers de l’Afrique sont aussi anciens que les voyages des grands navigateurs. Il est probable que dès l’antiquité des bateaux phéniciens, carthaginois ou romains ont visité les côtes du continent noir. On sait que plus tard, les royaumes de Ma Ngoyo et celui du Kongo étaient en relation étroite avec les Portugais, et la funeste traite négrière précéda la période coloniale. Les grands royaumes centre africains ne doivent en rien leur création à la colonie car ils existaient bien avant elle. Les frontières du royaume Kongo n’avaient alors rien à voir avec celles des états actuels.

L’usage, plus que l’histoire, fait débuter la période coloniale du Congo en 1880 quand l’explorateur français Savorgnan de Brazza signe un traité, à Mfoa sur les rives du fleuve Congo, avec le roi des téké Makoko. De Brazza, va charger ses lieutenants de conquérir de nouvelles terres en direction de l’Océan Atlantique. il faut faire vite, la concurrence est vive, mais il faudra trois ans pour que la mission soit enfin accomplie. Le 23 mars 1883, le lieutenant de vaisseau Cordier, commandant du « Sagittaire », signe lui aussi un traité avec le roi vili Ma Loango, souverain du royaume de Loango, indépendant à cette époque.

En 1885, la conférence de Berlin entérine les traités évoqués ci-dessus. L’Europe se partage l’Afrique et les territoires sus cités passent sous le joug de l’implacable machine de la colonisation française désormais en marche. Elle règne en maître absolu sur la partie de l’Afrique centrale en rive droite du fleuve Congo, jusqu’aux confins du Gabon.

Loango abrite alors le gouvernement et toutes les institutions officielles. A l’emplacement de ce qui deviendra Pointe-Noire seuls quelques villages de pécheurs existent comme M’bou Mvou-Mvou à l’emplacement actuel de l’hôtel du même nom (ex Novotel) ou M’boukou, aujourd’hui quartier Mouyondzi. Les quartiers périphériques du Pointe-Noire que nous connaissons ne sont alors que des villages (Loandjili, Siafoumou, Ndaka-Nsusu, Tchimbamba, Mpita, Tchimani…)

En 1903, le Congo français devient le territoire du Moyen-Congo. Il intègre à partir de 1908-1910 l’ensemble des colonies du gouvernement général de l’Afrique Equatoriale Française (AEF), dont les autres territoires sont l’Oubangui (aujourd’hui République Centrafricaine), le Gabon, et le Chari (désormais le Tchad). La résidence du gouverneur général est fixée à Brazzaville.

Dès lors le territoire du Moyen-Congo, est livré aux compagnies concessionnaires. Elles auront pleins pouvoirs dans leur gestion. A elles de « développer » les territoires qui leur ont été confiés. C’est la période du travail forcé et des humiliations les plus abominables. Celles-ci vont susciter un grand émoi et pousser à la constitution d’une commission d’enquête sur les conditions de travail dans les colonies.

Parmi les compagnies concessionnaires les plus importantes, on peut citer :
-  La SCKN : Société Concessionnaire du Kouilou-Niari
-  La CCSO : Compagnie Concessionnaire de la Sangha-Oubangui
-  La CFAO : Comptoirs Français de l’Afrique Occidentale (toujours en activité)
-  La SHO-Congo : Société de Haut-Ogoué du Congo

Mais le pays est difficile à exploiter, les voies de communication sont rares et peu praticables et les matières premières ont du mal à quitter leur lieu de production. En 1911 une première mission hydrographique dirigée par le lieutenant de vaisseau Audoin, est lancée à partir du Gabon, pour l’étude du tracé d’un chemin de fer à travers l’Afrique centrale, de Brazzaville à Libreville. Ce tracé est décrié du fait de sa longueur et du manque de tirant d’eau dans le port de Libreville. Une autre possibilité est mise en avant : un tracé plus beaucoup court et plus direct permettrait d’atteindre deux baies bien abritées et possédant des eaux profondes (les baies jumelles de Loango et celle de Punta-Negra.

Le 13 juillet 1914, le décret autorisant la construction du chemin de fer et de deux ports : Brazzaville sur le fleuve Congo et Punta-Negra sur le Golfe de Guinée, est signé à Paris.

Le site de Punta Negra est élu pour abriter le port en mer, pour les raisons évoquées ci-dessus et au détriment de Loango certainement pour des motifs de topographie.

En 1921, les premiers coups de pioche des travaux de la construction du chemin de fer et du port de Punta-Negra sont donnés par le gouverneur général Victor Augagneur.

Le 22 mai 1922, compte tenu du choix du site de Punta Negra, le décret fondant la ville de Pointe-Noire est signé. Ce décret équivaut à la condamnation à mort de la capitale des Loangos : Loango, qui à partir de cette date va perdre son influence politique, culturelle et économique. Sans économie, Loango n’a plus aucune chance de résister à l’expansion de Pointe-Noire où déménagent toutes les administrations, comptoirs et factoreries.

Le rôle majeur de Pointe-Noire sera consacré en 1924 par la publication d’un premier plan directeur sur une étude démographique prévoyant 5000 habitants et surtout par la construction en 1926 du premier wharf sur la Côte Mondaine, Cette infrastructure va permettre d’accélérer le débarquement du matériel destiné aux travaux du chemin de fer qui s’enlisent dans les monts du Mayombe. Loango perd alors définitivement le rôle de port maritime qu’elle exerçait depuis l’établissement des premiers comptoirs portugais et de l’esclavage. De son importance d’antan le site demeure le lieu de sépulture des colons et des notables vilis.

L’avènement des transports aériens et les succès de l’Aéropostale, poussent à la construction, en 1932, d’un aéroport à Pointe-Noire.

La ville se structure, elle est partagée entre quartiers européens dit du Losange et la cité indigène principalement peuplée des travailleurs du wharf et du chemin de fer. Le plan d’urbanisme est tout tourné vers une politique d’apartheid. La ville européenne protège le port et la gare. Elle est séparée de la cité indigène par un no mans land facile à surveiller constitué des marécages de Tchinouka et Tchikobo. Les seuls points de passage sont les deux ponts situés l’un à proximité du camp de la police du côté de Jean-Joseph Loukabou et l’autre du côté du Lycée. La cité est construite à partir de sept avenues rayonnantes permettant à la troupe d’envahir la totalité du terrain dans les délais les plus courts puis de le quadriller en toute sécurité. Bien que construite sur des marécages, la ville est relativement bien drainée, cependant elle constitue un énorme foyer de paludisme que les campagnes de démoustication ne parviennent pas à éradiquer.

L’inauguration du chemin de fer Congo-Océan (CFCO) en 1934 va parachever l’urbanisation de la ville de Pointe-Noire. Une voie secondaire relie le port et le point d’origine des sept avenues rayonnantes. Ebauche d’un tramway, elle permet le transport des ouvriers sur leur lieu de travail et surtout de les évacuer le plus rapidement possible, la journée finie vers leur quartier réservé.

Les évènements s’accélèrent :
-  28 décembre 1936, Pointe-Noire devient commune mixte.
-  1937, l’administration décide de l’électrification de la ville, celle-ci est confiée à Unelco par contrat de concession à échéance du 1er janvier 1985.
-  1942 le premier paquebot accoste à Pointe-Noire
-  1950, installation de l’évêché, Pointe-Noire devient capitale du Moyen-Congo, en abritant le siège du gouverneur, du chef du territoire, de l’assemblée territoriale et des services administratifs.
-  1954, le lycée Victor Augagneur ouvre ses portes.
-  1956, avec la loi cadre Pointe-Noire devient une commune de plein exercice, avec plus d’autonomie administrative pour le maire.
-  Novembre 1958, à la suite de la loi cadre de Gaston Defferre de 1956, le territoire du Moyen-Congo devient la république autonome du Congo, non indépendante.
-  21 Novembre 1959, ont lieu les premières élections législatives. A la suite d’événements rocambolesques et dramatiques, l’abbé Fulbert Youlou est élu premier ministre de la république du Congo, battant Monsieur Jean-Felix Tchicaya, le premier et unique député congolais à l’assemblée française dès 1946.

Suite aux incidents ayant émaillé les élections législatives, les députés de l’UDDIA, restés seuls dans la salle décident l’adoption de l’acte constitutionnel. Dans la même nuit, ils transfèrent sans débat ni consultation la fonction de capitale du Congo à Brazzaville, lieu plus acquis aux vainqueurs de ces élections.

En perdant son titre de capitale du Congo, Pointe-noire perd simultanément son autonomie administrative. Désormais, bien que grâce à ses usines, son port et aux ateliers du Chemin de Fer Congo Océan, elle conserve sa place de première ville économique du pays, toutes les décisions en ce qui la concerne émanent désormais des autorités de Brazzaville.

BALISES CHRONOLOGIQUES

1482 Diego Cao, arrive sur la côte congolaise. Par l’entremise des portugais les européens apprennent que le fleuve Congo existe
1484 Première référence à la pointe de PUNTA NEGRA qui sera mentionnée comme repère maritime sur les cartes de navigation
1880 Signature du traité d’amitié entre le roi Makoko et Pierre Savorgnan de Brazza, représentant la France.
1883 Signature du traité de protectorat, le 12 Mars, par le roi Ma Loango et le commandant de vaisseau Cordier, représentant la France.
1910 Création de l’A.E.F. Pointe-Noire fait partie du territoire du Moyen -Congo
1911 Première mission hydrographique pour la construction d’un chemin de fer en Afrique centrale,
dans la colonie française, dirigée par le lieutenant de vaisseau Audoin, elle part du Gabon.
1921 Premier coup de pioche des travaux de construction du chemin de fer Congo-Océan et des ports de Brazzaville et de Pointe-Noire, par le gouverneur général Victor Augagneur
1922 Acte de naissance de la ville de Pointe-Noire, DECRET Du 11 MAI 1922
1924 Premier plan directeur de la ville de Pointe-Noire
1926 Construction du Wharf
1927 Première adduction d’eau potable de la ville
1932 Construction d’une aérogare
1934 Inauguration du chemin de fer Congo-Océan par le gouverneur général Raphaël Antonetti
1936 Le 28 Décembre, Pointe-Noire devient commune mixte
1937 La compagnie UNELCO signe avec le gouverneur général une convention pour l’électrification la ville, et obtient la concession exclusive de la distribution de l’électricité pour tous usages jusqu’au 1er janvier 1985-
Toujours en cette année, arrêté fixant les règles d’hygiène et de salubrité qui doivent être respectées et appliquées dans toutes les agglomérations de l’A.E.F. est promulgué, ainsi que celui fixant les conditions et normes de construction imposition des « matériaux durables »
1939 Accostage du premier paquebot en eau profonde
1942 Achèvement de la digue intérieure du port
1946 Début de l’exploitation de la forêt du Mayombe
1949 Nouveau plan directeur de la ville conçu par le français Yves Normand ce plan est élaboré avec une perspective d’accroissement de la population à 20.000 habitants
1950 Installation de l’évêché, devient ville à part entière, et capitale administrative du territoire du Moyen-Congo, le gouverneur du Moyen-Congo habite Pointe-Noire
1954 Ouverture du Lycée Victor Augagneur
1956 La ville devient commune de plein exercice. Le 23 novembre, élections municipales, Monsieur Stéphane Tchitchelle est élu maire de Pointe-Noire
1957 Conception d’un nouveau plan directeur avec une perspective d’accroissement de la population à 70 000 habitants, plan confié aux architectes Arsac et Guerin.
1959 La ville de Pointe-Noire cesse d’être la capitale du Congo
1961 Publication du plan directeur conçu par Arsac et Guerin
1962 Premier document écrit sur la ville : création des armoiries de la ville
1966 Subdivision en trois arrondissements de la commune
1973 Nouveau plan directeur de la ville dit plan Tchec et Congo objectif 2000, mais jamais publié, avec une perspective d’accroissement de la population à 153 000 habitants
1980 Conception d’un nouveau plan directeur par le centre de Recherches et Techniques de l’Habitat (CRETH), avec une perspective d’accroissement de la population à 195.000 habitants
1982 Adoption par l’assemblée nationale populaire et le gouvernement du plan directeur du CRETH.
1986 Pointe-Noire occupe 5.800 hectares, avec une densité de 50 habitants au kilomètre carré.
1990 Pointe-Noire représente à elle seule 17 % de la population totale du Congo – La croissance démographique est de 6,2 % l’an
1992 La ville atteint la barre de 500.000 habitants. Elections municipales et législatives.
1994 Mai-Juin, adoption de la loi dite de décentralisation – Samedi 17 juillet, Monsieur Jean-Pierre Tchystère Tchicaya est élu maire de la ville
1997 Octobre Invasion des forces angolaises
1997 La ville est administrée par une autorité militaire le colonel Marcel Tsourou
2000 François-Luc Macosso, est nommé administrateur maire
2002 Election d’un nouveau conseil municipal qui se choisit Rolland Bouity Viaudo comme président et administrateur Maire