Peuple Baya – La résistance de la haute-Sangha – La guerre du Kongo-Wara

Mouvement de grande révolte anti-coloniale qui éclata entre 1928 et 1935 en pays Baya, à la frontière du Congo et de l’Oubangui-Chari.

Tuez et mangez votre bétail, répudiez vos femmes, coupez les ponts, tout ce qui a connu le blanc est impur, et doit disparaître […]. Prenez mon médicament le Kougowara, et je serai avec celui qui le portera à son cou et le rendrai invisible. Telles furent les paroles de Karno, un affranchi de l’église installé à Nahin.

C’est dans ce petit village situé aux abords de la rivière Nana qu’il promettait, après s’être initié aux mystères de la forêt et aux sciences occulte; de briser le joug colonial français sévissant en pays Baya. En dépit des expéditions punitives organisées par les agents des compagnies concessionnaires et les administrateurs contre les fauteurs de troubles qui les massacraient, le pays Baya était resté jusqu’en 1928 le fief des désordres sporadiques. Ceux-ci s’expliquaient par l’introduction du système concessionnaire qui avait fini par faire des hommes, des femmes et des enfants des déracinés sur leur propre terre. Le message de Kamou (Karinou) rendait véritablement compte de cette attitude de répulsion et de révolte partagée par les indigènes. C’est dans ce contexte que Kamou apparut comme un envoyé de Dieu professant à ses fidèles la fin du règne des blancs et l’avènement d’une société d’abondance. Son messianisme s‘appuyait sur les traditions locales. En effet, il refusait les habits venus d’Europe et arborait un pagne d’écorce. Mystérieux et terrifiant, il avait une voix qui résonnait comme si elle venait des profondeurs de la forêt. Il était devenu le porte-parole et l’éclaireur des Noirs. Très vite, son influence dépassa le cadre étroit de Nahim pour se répandre dans la basse Sangha, au Cameroun et en Oubangui. Bien que Kamou se proclamât lui-même apôtre de la non-violence, près de 2 000 hommes prêts à se battre passèrent à l’action. Ils tuèrent les Blancs et leurs associés noirs, bloquaient le passage des administrateurs et des agents concessionnaires. A la suite de ce désordre, Nahim devint le bastion de la rébellion. Celle-ci avait même contraint les Européens au retrait. Pour briser l’insurrection, l’administration s’organisa autour de plus de 300 miliciens qui intervinrent de novembre 1928 à avril 1929. Au passage des troupes, les cases des Baya furent brûlées et pillées, les populations décimées, leur chef Kamou fut tué le 11 novembre 1928. Pourtant, les embuscades organisées par les indigènes contre les Européens ne cessèrent pas aussitôt. Elles persistèrent au moins jusqu’en 1935, au moment où commençaient à se dissiper les conséquences engendrées par l’exploitation concessionnaire.

L’ampleur de la révolte baya, comme celle des Awandji au Gabon, révélait la profondeur du mal que subissaientt les populations noires. Bien qu’elle fût totalement anéantie, cette révolte constitua néanmoins la phase primaire des grands mouvements d’émancipation politique et sociale qui allaient se succéder en Afrique centrale entre 1940 et 1960.

Bibliographie

  1. Raphael Nzabakomada-Yakoma, L ‘Afrique centrale insurgée : la guerre du Kango-Wara (1928-1930), L’Harmattan, Paris, 1986.
  2. Coquery Vidrovitch, Le Conga au temps des grandes compagnies concessionnaires, 1898-1930, paris, Mouton et Co, La Haye, 1972, p.p. 201-212.
  3. Marc Michel, “Les débuts du soulèvement de la haute-Sangha en I928”, Annales du Centre d’enseignement supérieur, Brazzavillc, n° 2, I966, p.p. 33-48.

Source

Philippe MoukokoDictionnaire général du Congo Brazzaville, L’Harmattan Editeur, Paris 1999, p p. 143-144

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