Rapport de la mission Jacob (1888)

En 1886, l’ingénieur Jacob fut chargé d’inventorier les voies de communication par terre entre la côte atlantique et le Stanley Pool.

A son retour il rédigea le présent rapport qui, outre les tracés relevés, montre la piètre estime dans laquelle il tenait les « indigènes ».
On remarquera qu’à travers le Mayombe le tracé qu’il recommande (la trouée du Kouilou) n’a jamais été utilisé que comme route secondaire, et celui qu’il exclut totalement est celui (Mont Bamba) qui a vu passer et le chemin de fer et la route nationale 1.
Nota : Nous n’avons pas retrouvé la carte de Jacob. Elle est cependant consultable à l’université de Bordeaux :
http://babordplus.univ-bordeaux.fr/notice.php?q=id:1865687

La VALLEE DU NIARI-KOUILOU – RECONNAISSANCES PRÉLIMINAIRES POUR L’ÉTUDE DES VOIES DE COMMUNICATION

Par Léon Jacob – Ingénieur chargé de mission 

Je fus chargé, vers la fin de l’année 1886, par M. le commissaire général du  Gabon et du Congo français de la mission d’étudier, au point de vue des voies de communication par terre, la région qui sépare Brazzaville de la côte du Loango.

Relier à la mer la partie navigable du Congo est certainement, de tous les problèmes que soulève l’occupation de ces régions, un des plus importants, sinon le plus important de tous.

Pour le résoudre sur le territoire français, il fallait d’abord connaître à fond une zone de plus de 400 kilomètres de long sur laquelle on possédait fort peu de données géographiques. Le seul travail sérieux qui eût été fait venait de la mission Rouvier. Je ne l’avais pas entre les mains à mon départ, car la publication n’avait pas encore eu lieu. Ce travail, en ce qui m’intéressait, ne se composait d’ailleurs que d’un simple itinéraire traversant la zone à étudier.

Voici, sommairement exposé, quelles furent mes occupations successives pendant les deux années de mon séjour en Afrique.

Je possédais assez de renseignements pour pouvoir indiquer dans un rapport que j’adressais à cette époque les grandes lignes qui devraient servir de base à une étude de tracé de route ou de chemin de fer reliant le Bas-Kouilou au Stanley-Pool.

Je fus bientôt amené à suspendre l’étude plus complète de ce tracé.

M. le lieutenant gouverneur de Chavannes, alors résident à Brazzaville, prit l’initiative d’une étude du cours même du Kouilou-Niari. L’utilisation de ce fleuve comme voie navigable, si elle devenait possible, présentait une importance qui sautait aux yeux des moins clairvoyants. On avait admis  jusque-là comme un axiome qu’il ne fallait pas songer à naviguer sur le Kouilou, car ce neuve présentait plusieurs séries d’obstacles infranchissables. Personne n’avait songé à examiner si, par quelques travaux pas trop dispendieux, ces obstacles ne pourraient pas être supprimés ou atténués.

Le regretté capitaine Pleigneur s’était chargé, sur la demande du résident, d’une première reconnaissance et du nivellement de la région des rapides. C’est en exécutant ce périlleux travail qu’il trouva la mort vers le mois de juillet  1887. D’autres ont dit le vide que cette mort laissa dans nos rangs. Le beau travail topographique qu’il avait entrepris eût été une œuvre de premier ordre si cette brutale catastrophe ne fut venue l’arrêter à peine ébauché.

C’est à moi que revint l’honneur de reprendre en décembre 1887 sur le Kouilou le travail laissé en suspens.

Averti par le malheur récent, j’agis, avec la plus grande prudence. An lieu d’opérer en descendant le fleuve, comme l’avait fait mon prédécesseur, j’opérai en remontant. Les difficultés matérielles à surmonter étaient beaucoup plus grandes, mais le danger se trouvait sensiblement réduit.

J’étais seul Européen et je disposais de trois petites pirogues. Le personnel noir, composé d’hommes de Loango poltrons et de quatre Sénégalais, n’était nullement préparé à ces manœuvres périlleuses qu’il exécutait pour la première fois et je manquais totalement d’agrès. J’eus recours à toute espèce d’expédients, que je ne m’arrêterai pas à énumérer, et pus enfin aboutir sans accident sérieux. J’avais brisé une pirogue vide au passage de la chute Koussounda, noyé ma tente et quelques menus objets un peu plus haut; mais l’instrument, bien protégé par une double boîte, était intact, les opérations du nivellement menées à bonne fin, tout mon personnel bien portant, ainsi que moi-même.

Je terminais ces opérations le 1er janvier 1888; elles avaient duré un mois.

Dans un rapport du 22 janvier j’exposais les résultats favorables de cette première étude rapide. Je demandais l’autorisation de la recommencer avec plus de détails à l’époque des basses eaux, où le lit du fleuve est mieux délimité et les passes plus nettement définies. Comme conséquence, je proposais d’abandonner l’étude plus complète d’un tracé de chemin par terre. Mes conclusions furent adoptées.

J’ai consacré une grande partie de l’année 1888 à l’étude du fleuve. Quoi que outillé encore d’une façon très sommaire, je me trouvais dans de bien meilleures conditions que la première fois. J’avais pu me procurer d’excellentes pirogues et quelques cordes solides. Le personnel noir était toujours défectueux, mais j’avais acquis à mes dépens une certaine expérience et j’étais accompagné d’un Européen, M. Michel Dolisie, qui me secondait avec beaucoup d’intelligence et de dévouement.

A mon retour en France, j’ai dressé un avant-projet d’aménagement de la région des rapides du Kouilou. Ce projet restreint ne réalise pas une voie de communication très perfectionnée. J’estime qu’il suffit ainsi pour faire face aux exigences du trafic actuel même très sensiblement augmenté. Ilse prêterait d’ailleurs à des améliorations dans le cas où le trafic prendrait une grande extension et justifierait des dépenses beaucoup plus fortes. Je ne donne ces indications que pour mémoire, n’ayant pas l’intention d’aborder ici cette question. Elle a fait l’objet d’un travail tout spécial.

J’avais profité de la période des plus hautes eaux, pendant laquelle les études en rivière devenaient impossibles, pour compléter par de nouvelles reconnaissances les renseignements géographiques que je possédais déjà sur la région.

La carte que j’ai dressée  n’est composée que d’éléments pris par moi sur lés lieux mêmes. Les itinéraires directement levés n’atteignent pas moins de 3,000 kilomètres. J’ai parcouru en réalité dans mes reconnaissances plus de 4,000 kilomètres d’étapes; mais j’étais parfois amené à suivre deux ou trois fois des tronçons de routes que j’avais déjà relevées.

J’ai emprunté aux observations astronomiques de la mission Rouvier la position géographique exacte de quatre ou cinq postes. J’avais l’intention à l’origine de prendre comme ligne de base de ma carte le levé tachéométrique du tracé du chemin que j’allais étudier. Cette étude n’ayant pas été poursuivie, la mission Rouvier m’a fourni les quelques points de repère dont j’avais besoin pour encadrer les levés à la boussole.

Je n’ai pas l’intention dans ce qui suit d’entrer dans des détails sur le pays, ses habitants, ses ressources, etc. Je ne discuterai pas davantage la question de la voie de communication qu’il conviendrait d’adopter. Je veux me borner ici à un simple exposé de géographie physique et à la recherche d’un tracé de chemin par terre entre la côte du Loango et le Pool. Ce que je dirai sera assez général pour s’appliquer à une route ou à un chemin de fer. Le travail que j’ai fait dans cet ordre d’idées, il ne faut pas l’oublier, est une préparation aux études et non une étude achevée.

Il n’est pas inutile d’exposer les procédés que j’ai employés pour exécuter ce travail et d’indiquer sur quel degré d’exactitude on peut compter.

Le levé des itinéraires a été fait par moi-même avec beaucoup de soin à la boussole et au podomètre; non pas par grandes directions générales approximatives, comme ont l’habitude de faire certains voyageurs qui ne s’attachent pas aux détails, mais en tenant compte de toutes les sinuosités de la route. Tous les soirs je rapportais le chemin parcouru à l’échelle de 1 millimètre pour 100 pas. J’appliquais une réduction empirique que l’expérience m’avait indiquée suivant la nature du terrain; puis, en tenant compte de la déclinaison que j’avais déterminée en plusieurs lieux, je plaçais sur la carte générale mon point d’estime. Je savais ainsi tous les jours à très peu près où je me trouvais. Arrivé à un point déjà connu, je faisais subir à l’itinéraire tout entier une légère rectification pour mettre en concordance le point réel et le point déduit de mes opérations. L’écart était généralement très faible en direction, plus grand en distance, ce qui est tout naturel étant donnée l’incertitude que comporte toujours une appréciation de distance. Comme j’ai toujours eu soin de fermer mes itinéraires sur des points précédemment déterminés, les positions des points représentés sur la carte offrent de sérieuses garanties d’exactitude.

La méthode que j’employais pour avancer était très variable suivant les cas. Tantôt, dans une région antérieurement inconnue, je suivais une direction générale fixe que je m’étais imposée pour une raison quelconque. D’autres fois je ne m’éloignais pas d’une rivière importante dont je voulais relever le cours, etc. Je n’allais jamais au hasard, j’avais toujours pour but un problème géographique plus ou moins important à résoudre.

Je me suis attaché à déterminer autant que possible tous les cours d’eau, même ceux de faible importance, car ils donnent toujours des indications précieuses. J’ai représenté en pointillé toutes les portions de cours d’eau dont je connaissais la position approximative sans avoir pu en faire un levé direct.

Tous les villages rencontrés sont indiqués avec leurs noms indigènes quand j’ai pu les avoir. Il ne faut pas trop compter sur l’exactitude de tous ces noms. Les indigènes, très méfiants, induisent souvent en erreur. Je n’ai pas toujours pu contrôler leurs renseignements. Il en est de même des noms des cours d’eau de faible importance rencontrés une seule fois.

Le dessin des montagnes sur la carte ne vise pas à la reproduction très exacte de la réalité. J’ai simplement voulu indiquer les mouvements généraux du sol tels que je suis arrivé à me les figurer par l’ensemble de mes levés d’itinéraires, les observations de deux années consécutives et les renseignements divers pris sur les lieux. I! y a certainement des inexactitudes qu’on pourra corriger plus tard. J’ai cherché à les réduire au minimum en laissant en blanc sans hésitation tout ce que je ne pouvais pas me représenter assez clairement.

Les nombreuses cotes d’altitude inscrites sur la carte ont été calculées d’après les indications d’un baromètre anéroïde et dans des conditions qui ne permettent pas de compter sur une grande précision. Il y a différentes causes d’erreur :

  1. Indication un peu incertaine de la pression exacte avec un baromètre de cette nature porté en sautoir et secoué dans les marches;.
  2. Impossibilité d’introduire les corrections, de température par exemple, qui sont même nécessaires lorsqu’on fait de bonnes observations barométriques simultanées;
  3. Incertitude sur la correction à appliquer dans les différents lieux pour tenir compte de la variation régulière diurne de la pression atmosphérique;
  4. Ignorance à peu près complète des variations accidentelles de la pression.

Les deux premières causes ne peuvent pas être supprimées ; elles introduisent une erreur probable qu’il est difficile d’apprécier et dont il faut accepter l’existence.

La troisième n’a pas une importance énorme si l’on remarque que les courbes  journalières de pression diffèrent assez peu, en temps normal, pour les différents points de la région dont il s’agit. J’ai considéré la courbe moyenne déterminée pour Loango comme applicable partout. Ce n’est pas exact; mais l’erreur probable est certainement d’un ordre négligeable par rapport aux erreurs précédentes qu’il était impossible d’annuler.

Les variations accidentelles de la pression ne pouvaient être reconnues que le matin ou le soir ou pendant une halte. Il était alors facile de les corriger, sinon l’erreur entière subsistait.

En somme, étant données toutes ces causes d’erreur, il faudrait se garder de considérer les cotes d’altitude comme exactes d’une manière absolue. Je ne voudrais certainement pas les garantir à 50 mètres près. Elles ont toutefois une grande utilité pour l’indication des reliefs du sol. Si les cotes absolues de deux points voisins comportent une assez grosse erreur, il n’en est pas de même de leur différence en raison de la presque simultanéité des observations. Le résultat obtenu par la méthode grossière qui était seule à ma portée dans les circonstances particulières où je faisais ce travail, est très suffisant pour une carte géographique et m’a permis d’atteindre le but que je poursuivais.

Je vais essayer de faire la description générale du pays au point de vue tout spécial que j’ai indiqué.

  • La porte de Loango est située par 9° 29′ de longit. Est et4°38’25’’.de !atit.Sud.
  • La porte de Brazzaville par 12°56′ de longit. Est et4°16′ de latit. Sud.

Ces deux points extrêmes sont presque sur le même parallèle ; aussi a-t-on désigné autrefois le chemin que l’on devinait entre le Loango et le Pool par la vallée du Niari sous le nom de route du quatrième parallèle.

Le Niari prend sa source dans le pays Batéké ; il coule sensiblement vers le sud jusqu’au parallèle 4°15′ environ. Arrêté dans sa course par l’important massif montagneux du Mayombé qui s’étend parallèlement à la côte dans toute cette région, il prend la direction générale de l’ouest, forme un grand coude au nord vers Macabana et se fraye ensuite un passage vers le sud-ouest à travers la chaîne de montagnes qui le séparait de la mer.

Appelé Niari dans sa partie haute, à peu près  jusqu’à Bouenza, le fleuve prend le nom de Niadi jusqu’à Kitabi, puis de Kouilou jusqu’à la mer. La vallée est généralement large et peu accidentée jusqu’au point où il pénètre dans le Mayombé.

Le Niadi reçoit sur sa rive droite quelques grands affluents. Je n’en connais qu’un, la Bouenza, qui descend évidemment des mêmes plateaux batékés que le Niari. Il a de nombreux affluents de gauche, Je les connais tous jusqu’au parallèle 3° 55′ environ. Je vais désigner les plus importants par l’étendue douleur bassin ou par leur débit.

La Louala et la Loukouni sortent de la chaîne de montagnes qui sépare les bassins du Niari et du Congo.

La Loudima sort des montagnes du Mayombé dans la région de M’Boukou-Songo que je n’ai pas parcourue. M’Boukou-Songo, comme l’indique son nom dans la langue indigène, possède du minerai de cuivre dont plusieurs voyageurs ont parlé.

La Louvakou et la Loubomo coulent d’abord presque parallèlement après avoir pris naissance dans le même plateau marécageux des Bassoundis, puis s’infléchissent, l’une vers le nord,l’autre vers le sud, pour se jeter dans le Niadi. Le large plateau des Bassoundis forme comme un énorme escalier en la plaine du Niadi, aux environs de Loudima, et les montagnes plus hautes du Mayombé.

La rivière N’Tombo, entre le Mayombé et la côte, sort a l’état de petit ruisseau de collines sans relief qui la séparent de la Loëmé; elle va se jeter dans le Kouilou grossie par de nombreux affluents de droite descendant du Mayombé.

Je ne cite là que les affluents principaux ; je parlerai, s’il est nécessaire, des autres, un peu moins importants, quand il sera question des régions qu’ils arrosent.

De la configuration générale du pays telle que je viens de l’indiquer sommairement et telle qu’on peut se la figurer à l’inspection de la carte, il résulte que le problème d’une voie de communication par terre reliant Brazzaville à la côte du Loango se pose en ces termes trouver, sans allonger outre mesure le parcours et en empruntant la plus grande longueur possible de la vallée facile du Niadi, les meilleurs passages pour franchir d’une part les montagnes boisées de Mayombé et d’autre part la chaîne de montagnes qui sépare le bassin du Niadi du bassin du Congo.

On peut remarquer sur la carte que j’ai multiplié mes itinéraires précisément dans les régions où se trouvent accumulées les difficultés.

TRAVERSÉE DU MAYOMBÉ SUR LE  TERRITOIRE FRANÇAIS AU SUD DU KOUtLOU

Le massif montagneux du Mayombé paraît pouvoir être considéré grossièrement  comme une chaîne dont la crête, très irrégulière, découpée et mal définie, a une direction générale parallèle à la côte.

Quelques grands cours d’eau, parmi lesquels le Tchiloango, qui ne figure pas sur la carte, et la Loémé, recueillent les eaux du versant sud-ouest qui s’écoulent directement à la mer. Une partie des eaux du même versant, recueillies par la rivière N’Tombo parallèlement à la côte, ne se rend à la mer que par l’intermédiaire du bas Kouilou.

Tous les autres cours d’eau venant du Mayombé s’écoulent directement ou indirectement dans !e Kouilou-Niari jusqu’au point où vient se rattacher la chaîne de montagnes qui sépare les bassins du Niari et du Congo.

Pour franchir le Mayombé en venant de la côte du Loango, on pourrait essayer d’y pénétrer par le Tchiloango et ses affluents. Ce bassin, peu favorable d’ailleurs à ce qu’il paraît, a été écarté de mon étude comme n’étant pas sur le territoire français. Reste donc à envisager la possibilité de pénétration :

  1. Par la Loémé et ses affluents
  2. Par les affluents de la rivière N’Tombo
  3. Par la trouée même du Kouilou.

Au Tchiloango correspondraient sur le versant nord-est quelques cours d’eau secondaires et la Loudima. Je n’ai pas étudié cette traversée du Mayombé, puisqu’une partie se trouve hors de notre territoire. D’après les renseignements que j’ai pu recueillir, il n’y a pas lieu de le regretter au point de vue d’une voie de communication. Le terrain est partout très accidenté et boisé. En outre, on n’utiliserait presque pas les régions faciles de la vallée du Niadi.

A la Loëmé correspond le plateau des Bassoundis et la Loudima. Aux affluents de la rivière N’Tombo correspondent sur le versant nord-est des affluents de la Loubomo. La Loubomo recueille et conduit au Niadi les eaux du versant nord-est comme la rivière N’Tombo celles du versant opposé. Elle délimite à peu près la région du Mayombé et le pays Bakouni. C’est la limite de la grande forêt. Le pays Bakouni n’est plus entièrement boisé, ïl y a encore quelques lignes de montagnes importantes dont je parlerai plus loin, mais les obstacles qu’on rencontre sont de beaucoup inférieurs à ceux de la région précédente.

Trois cours d’eau assez importants Mangi, Loukamba, Ngoma, sortent de l’extrémité nord-ouest du massif du Mayombé et coulent vers le Kouilou entre des contreforts d’une hauteur généralement décroissante vers le fleuve.

J’ai reconnu quatre routes principales pour franchir le Mayombé en suivant les sentiers indigènes. Je vais dire quelques mots de chacune d’elles

1. Route par la rive gauche de la Loëme et le plateau des Bassoundis.

Cette route est à proprement parler celle des caravanes de négoce allant de Massabi vers le Tchiloango supérieur, où un commerce assez important est aux mains des Portugais.

De Loango au village Banga, ce n’est qu’un chemin de traverse peu fréquenté. La traversée de la Loëmé se fait en pirogue. La rivière n’est pas très large, mais elle a une grande profondeur en cet endroit au moins pendant la saison des pluies.

A partir de la Loëmé, le terrain est boisé et moyennement accidenté. On entre à Mavambo dans le bassin du Tchiloango pour en ressortir bientôt. La limite se trouve sur une montagne de 525 mètres d’altitude. Cette région ne présente pas de montagnes très élevées, mais les accidents de terrain sont nombreux. Beaucoup de ravins escarpés et de pentes abruptes. Les caravanes rencontrent encore un grand nombre d’obstacles, artificiels, tels que les abatis d’arbres des plantations et les arbres tombés naturellement.

A partir de la rivière Bidisi, dernier affluent du Tchiloango que j’aie rencontré, on se retrouve dans une partie très accidentée du bassin de la Loëmé. J’ai traversé cette rivière plusieurs fois; ce n’est là qu’un petit ruisseau de montagnes dont les eaux limpides coulent sur des cailloux. La route est très dure jusqu’au sommet de 720 mètres qui domine le, plateau des Bassoundis et la vallée du Niadi. Une descente à pic, déboisée, de 350 mètres environ, conduit sur le plateau. C’est la fin du Mayombé et les accidents de terrain deviennent presque insignifiants.

Sur le plateau, le sol est simplement ondulé avec des plaines marécageuses. La descente du plateau est brusque à Mousanza; à partir de là, le terrain est tout à fait plat jusqu’au poste de Loudima.

Un simple itinéraire sous bois ne m’a pas permis de relever assez de détails topographiques pour donner une figuration exacte de cette région. Je n’ai pas cru devoir pousser plus loin une étude qui, a priori, ne me paraissait pas devoir conduire à une solution satisfaisante. Comme je le disais dans un précédent rapport, cette région est intéressante et relativement peuplée, mais elle ne pourrait donner qu’une détestable voie de communication.

2. Route du mont Bamba par la rive droite de la Loëmé.Cette route est celle que suivent actuellement les caravanes allant de Loango à  Loudima et au Congo. C’est la plus directe en plan. On va d’abord un peu trop au nord  jusqu’à la sortie du Mayombé, puis on marche presque à l’est se dirigeant vers Loudima à travers le pays Bakouni.

De Loango à M’Boukou le terrain est plat, sablonneux et découvert. On ne rencontre que deux dépressions peu importantes, celle de la rivière N’Tombo et celle de son affluent Loualou.

A M’Boukou on entre dans la grande forêt où l’on marche pendant plusieurs jours. A quelques heures de M’Boukou toutefois se trouve un vaste espace découvert où les arbres sont remplacés par l’herbe de Guinée c’est la clairière de Tambii Koussou.

Cette clairière est remarquable à différents titres. C’est d’abord le point de bifurcation de la route qui nous occupe et de la route par les affluents de la rivière N’Tombo dont il sera question un peu plus loin. En outre, on peut de là se rendre un peu compte de la conformation du versant sud ouest de la chaîne de montagnes. Sans autre connaissance du pays, un simple examen à vue n’apprendrait pas grand-chose ; mais quand on a déjà parcouru ces régions et qu’on a acquis quelques notions générales sur ses reliefs, on ne manque pas d’Être frappé par deux dépressions caractéristiques qui se dégagent d’un fouillis de lignes boisées s’étageant à perte de vue. Ces dépressions correspondent, à n’en pas douter, aux affluents de la Loëmé d’une part et d’autre part aux affluents de la rivière N’Tombo. Entre les deux bassins une série de hauteurs. Sur la gauche on aperçoit à quelque distance des lignes de montagnes peu élevées, qui se détachent du massif principal et se dirigent à peu près vers le sud-est. Elles servent, je présume, de séparation aux différents affluents de la rivière N’Tombo.

A partir de Tambisi-Koussou, la route suit le bassin de la petite rivière Zibati, affluent de N’Tombo, jusqu’à la Loukénéné.

La ligne de partage des eaux se trouve très près de la Loukénéné, sur un plateau de très faible hauteur où était autrefois un groupe de villages. Ces villages se sont éloignés de la route quand la circulation est devenue un peu active. C’est là un fait à peu près général que je signale en passant.

L’habitant de ces régions est poltron et peu intelligent. Il n’a pas chez lui la moindre organisation politique qui lui permette d’établir dans un village quelque chose qui ressemble à une police ou à une force armée. Les caravanes sont généralement composées d’hommes ayant l’esprit un peu plus hardi que les sédentaires. N’ayant rien à craindre, ils se croient tout permis, surtout s’ils sont au service d’un Européen et imparfaitement surveillés. De là un tas d’exactions et de vols qui font éloigner les villages des routes battues. Les ravitaillements deviennent ainsi parfois très difficiles et toujours fort onéreux. Si les indigènes ont peur des caravanes, ils savent fort bien les exploiter l’occasion ; l’esprit mercantile ne les abandonne jamais.

La Loukénéné est une grande rivière torrentielle; c’est l’affluent le plus important de la Loëmé. Elle reçoit sur sa rive gauche la Loukoula, dont le bassin va nous servir à pénétrer plus avant dans le Mayombé.

On se fait difficilement en Europe l’idée d’un pareil chemin. Il a été tracé à peu de frais. Il emprunte presque constamment le lit même des ruisseaux, il, faut marcher dans l’eau. D’un ruisseau à l’autre on suit généralement la ligne droite, quelque escarpée qu’elle soit. Les rochers et les racines des arbres forment parfois des escaliers très pittoresques dans ces gorges profondes que le soleil visite rarement. Le magnifique spectacle, si souvent décrit, des grandes forêts équatoriales est ici particulièrement imposant. Il remplirait d’aise les artistes; mais le pauvre voyageur qui, la boussole et le carnet d’itinéraire à la main, poursuit un but plus positif, maudit de tout son cœur et le lit des ruisseaux et le sol d’argile glissante et les pentes ridiculement escarpées.

Le tracé illogique de ce chemin et en général de tous les chemins analogues s’explique parla paresse incurable des indigènes. De tout temps ils paraissent avoir admis en principe que le piétinement suffit pour l’établissement et l’entretien d’un sentier. Souvent la suppression de quelques troncs d’arbres, un léger terrassement ou tout autre travail de peu d’importance y apporterait une très notable amélioration ils n’ont garde de le faire; ils préfèrent se condamner à perpétuité à un long détour ou à une rude ascension. Ils n’ont pas la notion de l’exécution en commun d’un travail d’intérêt général en dehors des limites étroites du village. Chacun se considérerait comme un sot s’il faisait quelque chose dont il ne devrait pas profiter exclusivement ou qui ne lui vaudrait pas une rétribution immédiate.

Cette réserve faite pour expliquer les nombreuses bizarreries de détail qu’on observe dans le tracé des chemins, il convient de reconnaître que les indigènes savent admirablement tirer parti des mouvements généraux du sol et qu’ils ont un instinct très sûr de l’orientation. Leurs grandes routes de négoce peuvent être, à quelques variantes près, considérées comme les meilleurs tracés de chemins de piétons et les plus courts qu’on puisse établir entre leurs points extrêmes. Quand je dis grandes routes, j’envisage seulement la fréquentation; il s’agit toujours de sentiers de même nature plus ou moins embroussaillés; il n’existe pas autre chose là-bas.

Si on voulait transformer ces sentiers de piétons en routes carrossables et à plus forte raison en chemins de fer, il est bien évident que leur tracé ne remplirait plus du tout les conditions nécessaires et qu’on serait amené à s’en éloigner beaucoup. Ce serait toute une étude de détail à faire.

A partir de la Loukénéné, la route du Mayombé utilise les affluents de la Loukoula et la Loukoula elle même jusqu’au pied du mont Bamba. Cette région est extrêmement accidentée surtout entre le mont Kaba (altitude 380 mètres) et le mont Bamba (altitude 600 mètres) ; je ne connais pas de parcours plus désagréable ni plus dur.

Le mont Kaba pourrait, je crois, être contourné du côté de la Loukoula si on voulait admettre un allongement de parcours. Le mont Bamba ne me paraît pas contournable. Il ne constitue pas, comme le précédent, un contrefort du massif principal il est sur la ligne de faîte elle même de la chaîne qui prend fin au pic Tiétié pour s’épanouir dans différentes directions jusqu’au Kouilou et à la rivière N’Bombo.

Je ne veux pas déclarer a priori que cette ligne de faîte ne présente nulle part de point d’une cote inférieure à 600 mètres. Le contraire est même probable, car le sommet du Bamba ne ressemble guère à un col. S’il y a un col, il ne peut être ni très voisin, ni facilement accessible, ni sans doute suffisamment bas pour valoir la peine d’être utilisé. C’est une question que je n’ai pas entièrement résolue, car j’aurais dû entreprendre pour cela une série de reconnaissances de détail qui sortaient un peu du cadre que je m’étais tracé.

Quelques kilomètres à peine séparent le mont Bamba de la lisière de la forêt de Mayombé. La sortie s’effectue par le ruisseau Moungi qui coule dans un encaissement de montagnes et se jette dans la rivière Lomba, affluent de la Loubomo.

A la rivière Lomba commence le pays Bàkouni. Cette rivière est séparée de la Loubomo par la petite chaîne Kalamissambou, qui se rattache au plateau des Bassoundis. On franchit la chaîne par un col très bas.

Après la Loubomo, le terrain est très peu accidenté et complètement déboisé. On traverse successivement la rivière Mafoubou, affluent de la Loubomo, puis la Louvakou, et on atteint enfin le confluent de la Loudima, où se trouve le poste de ce nom.

Les différents cours d’eau rencontrés entre Loango et Loudima sur la route que je viens de décrire peuvent généralement être franchis à gué. A l’époque des grandes crues (mars et avril), certains restent parfois infranchissables pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines. Pendant la saison des pluies ordinaire, quelques-uns, comme la Loukénéné et la Loubomo, sont sujets à des crues subites qui rendent les gués momentanément impraticables. Ces crues accidentelles sont fréquentes, mais alors de courte durée.

En résumé, la route du mont Bamba, ainsi qu’on a coutume de la désigner, est une bien médiocre voie de communication. On ne peut méconnaître les services qu’elle a rendus et qu’elle rend encore en remplaçant l’incertaine voie de l’Ogôoué pour les transports vers le Congo. Acceptable à la rigueur faute d’autre pour le, portage à dos d’hommes, elle ne se prête pas du tout à une transformation économique en route carrossable ou même muletière. Je ne parle pas d’une voie ferrée; elle ne me paraîtrait possible, à travers cette région du Mayombé, qu’au prix de travaux d’art gigantesques qu’un trafic énorme pourrait justifier en Europe, mais qui seraient totalement déplacés en Afrique.

3. Route par les affluents de la rivière Ntombo.

Cette route n’offre pas un tracé direct vers Loudima et par conséquent vers Brazzaville. Pour qu’on l’adoptât, il faudrait qu’elle offrît une grande supériorité tant au point de vue du profil qu’à celui des facilités d’établissement. Or, cette supériorité n’existe pas, au contraire. Ce qui caractérise cette route, c’est qu’au lieu d’emprunter comme la précédente les lits des cours d’eau elle coupe toute une série de rivières assez importantes et gravit successivement les faîtes qui les séparent. Ce n’est pas compliqué comme tracé, mais c’est assez primitif. Tous ces cours d’eau prennent leur source dans un massif qui paraît avoir pour centre et pour point culminant le pic Tiétié, formé par des roches blanches brillantes, probablement du quartz. Autour de ce massif rayonnent des contreforts qui séparent les divers cours d’eau.

La route qui nous occupe franchit ces contreforts en des points dont l’altitude va en croissant à mesure qu’on avance. Jusqu’à la rivière Mangi, on ne s’élève pas très haut. Entre Mangi et Loukamba on atteint la cote 440. Entre Loukamba et Ngoma, la montagne Moukangi a 480 mètres. Le mont M’Boungou, entre Ngorna et M’Poulou, a 530 mètres. Chaque ascension est suivie d’une descente à peu près égale.

On pourrait parvenir à la rivière M’Poulou par un autre chemin dont je connais une partie. Quittant la route précédente soit à Miamba, soit à Miembé, on irait rejoindre le chemin de la montagne Koussou et le cours supérieur de la Loukénéné. Quelques parties de ce parcours sont extrêmement accidentées. On passe de la Loukénéné à la rivière M’Poulou par un col assez bas.

La rivière M’Poulou coule sinueuse dans une étroite vallée plate. Dans la saison des pluies, c’est un cours d’eau important qu’on ne franchit pas toujours facilement à gué. Il est presque à sec à la fin de la saison sèche. La source, d’après les indigènes, serait assez voisine du ruisseau Moungi que nous avons rencontré à la sortie du Mayombé sur la route dite du mont Bamba. Cela indiquerait la possibilité d’un col. Je n’ai pas pu vérifier s’il y a là un passage praticable ; l’utilité de ce passage ne paraît pas d’ailleurs bien immédiate.

De la rivière M’Poulou il n’y a d’issue facile sur la Loubomo que dans la direction du Nord. Pour atteindre la petite rivière Moussoungoussa, qui offre un passage, il faut de toute façon franchir une montagne très élevée, soit Singa-Singa, soit Loungila.

Ce n’est pas encore tout que d’atteindre la Loubomo, il faut aller au delà. Sur la route du mont Bamba à Loudima il n’y avait plus un seul obstacle au delà de la Loubomo. Ici c’est bien différent. Une chaîne de montagnes élevées règne tout le long de la Loubomo, sur sa rive droite, à peu près à partir de son confluent avec la rivière Mafoubou. Cette chaîne ne présente aucun passage facile jusqu’au Niadi. Les divers sentiers qui la franchissent sont très mauvais et ont de fortes pentes. Il est absurde a priori de chercher un chemin par là.

Il vient au contraire naturellement à l’esprit de suivre dans la vallée de la Loubomo une route à peu près parallèle à la rivière. Cette route n’existe pas d’une manière permanente, je veux dire qu’elle n’est praticable que pendant quelques mois de la saison sèche.

La Loubomo est emprisonnée en quelque sorte entre deux lignes de montagnes très élevées et boisées. Ce qu’elle a de vallée est insignifiant; c’est son ancien lit d’inondation, très étroit, au milieu duquel elle s’est creusé le lit actuel Son cours est impétueux, ses crues fréquentes. Elle a toujours de l’eau même pendant les plus grandes sécheresses. Elle est souvent encaissée entre des berges presque à pic sans trace de vallée. Les versants des montagnes qui la bordent sont en général très inclinés, rocheux, irréguliers et boisés, très peu propres en un mot à l’établissement d’un chemin économique. Pendant la saison sèche, les indigènes ont une route assez facile que j’ai suivie moi-même et qui coupe plusieurs fois la rivière. Pendant la saison des pluies, les gués sont impraticables ou fort dangereux ; la route se trouve par suite supprimée.

Il ne serait pas impossible, loin de là, d’établir un bon chemin le long de la Loubomo, mais il coûterait fort cher. De nombreux ouvrages seraient nécessaires. L’utilité d’un pareil chemin ne se fait pas sentir pour le moment, car la direction générale de la rivière ne correspond pas bien au sens du grand trafic de l’intérieur à la côte. Les besoins locaux ne justifieront jamais une dépense de quelque importance il n’y a donc pas grande chance pour que la vallée de la Loubomo soit jamais utilisée.

En résumé/ce que j’ai appelé un peu improprement peut être « Route par les affluents de Ia rivière N’Tombo » ne présente, pas un grand intérêt au point de vue de la traversée du Mayombé, elle n’est ni directe ni facile. Elle m’a été toutefois d’un très grand secours pour me rendre compte des formes générales du sol.

4. Route par la trouée du Kouilou 

Le Niadi se frayant un passage à travers, la chaîne du Mayombé pour se jeter à la mer sous le nom de Kouilou, il est tout naturel d’examiner si on ne pourrait pas profiter de cette trouée pour faire passer un chemin.

Les petits bateaux arrivent facilement de la mer jusqu’aux factoreries de Kakamoëkar, sur le Kouilou ; il n’y aurait donc pas lieu de se préoccuper jusque-là d’un chemin par terre. Toutefois, si l’on veut que la route de l’intérieur aboutisse à Loango même, rien n’est plus facile.

De Loango on peut se diriger presque directement vers le confluent du Kouilou et de la rivière N’Tombo. Le terrain est plat, découvert et un peu marécageux au delà de la petite colline de Tchissanga. Jusqu’à M’Pili, les marigots ne sont que des flaques d’eau sans profondeur; ils sont formés par l’eau de pluie qui ne trouve pas un écoulement suffisant et disparaissent pendant la saison sèche. AM’Pili, au contraire, il y a un grand marais garni de papyrus dans lequel même pendant la saison sèche on s’enfonce jusqu’à mi-corps dans une vase fétide. Il faut bon gré mal gré accepter ce bain nauséabond pour aller au delà et encore cheminer avec les plus grandes précautions. Les difficultés de la marche au milieu des racines et des tiges de papyrus empêchent d’utiliser les épaules d’un indigène; on en est quitte pour un grand nettoyage à la sortie. Pour une véritable route, il suffirait d’établir un petit remblai de quelques centaines de mètres dans lequel seraient ménagés des passages pour les eaux.

La rivière N’Tombo est large et très profonde dans le voisinage du Kouilou. Les chaloupes à vapeur la remontent assez loin. Il faudrait un grand ouvrage pour la franchir.

Les bords du Kouilou sont presque plats jusqu’à N’Gotou et assez faciles de N’Gotou à Kakamoëka. En somme un chemin par terre de Loango à Kakamoëka ne présente quelques difficultés qu’à la traversée des marais de M’Pili et de la rivière N’Tombo. J’ai déjà dit que ce chemin était avantageusement remplacé par le fleuve lui-même.

A partir de Kakamoëka, il existe plusieurs sentiers permettant d’aller à Loudima. Je vais en dire quelques mots et j’indiquerai ensuite les modifications qu’il conviendrait de faire subir à l’un d’eux pour le transformer en un véritable chemin approprié à d’autres besoins que ceux des indigènes.

On voit à l’inspection de la carte que j’ai parcouru deux routes allant assez directement de Kakamoëka à Loudima à travers le Mayombé. Fort intéressante au point de vue de l’étude du pays, elles ne peuvent pas fournir de solution pratique au problème des transports. La plus directe, par Tchingomboungou, Ia montagne Loungila et Koussangou, est d’ailleurs la seule fréquentée par les caravanes de négoce.

Occupons-nous seulement du chemin parallèle au Kouilou.

Entre Kakamoëka et la rivière Mangile terrain est moyennement accidenté et ne présente pas de montagnes élevées. On passe de Mangi à Loukamba. par le col de Niounmou, dont l’altitude est 190 mètres. A partir de Loukamba on s’élève sur le versant de la montagne Tambouctate M’Bézé, jusqu’à la cote 160 mètres, pour redescendre ensuite jusqu’à Kitabi, et cela sans autre raison apparente que d’éviter des obstacles naturels que la paresse et le défaut d’outillage des indigènes ne permettaient pas de supprimer.

A peu de distance de Kitabi, près de la rivière N’Goma, on a le choix entre deux chemins le premier par les montagnes Nounzi et LouSaba, le second par la montagne Soussou. J’écarte le premier comme beaucoup .trop accidenté et peu perfectible. Je ne crois pas utile de m’arrêter à sa description, et passe tout de suite à l’autre.

Pas d’obstacle entre Kitabi et la Loubomo. J’ai déjà parlé de cette importante rivière. Au point où le chemin qui nous occupe la traverse, le gué est très dangereux pendant toute la saison des pluies; il est souvent impraticable.

Après la Loubomo, le chemin devient accidenté on atteint à la montagne Soussou la cote 400 mètres pour redescendre aussitôt après. La montagne Soussou est le dernier obstacle de cette route. On rencontre ensuite une série de plateaux peu élevés, plus ou moins mouvementés et séparés par la rivière Pazi-Pazi, le ruisseau Mikigni et,la Louvakou. Au col de Boundou, on n’a plus devant soi qu’une immense plaine jusqu’à Loudima.

En somme, entre la montagne Soussou et Loudima on peut avoir un excellent chemin avec de très légères modifications au sentier actuel. Cette région est d’ailleurs tout à fait en dehors du Mayombé. La partie .difficile est comprise entre Kakamoëka et la montagne Soussou.

Si on compare cette traversée du Mayombé à celles dont il  a été question plus haut, on ne lui voit pas d’abord une grande supériorité. On constate seulement qu’on franchit des sommets bien moins élevés et qu’il existe une dépression de la chaîne de montagnes aux abords du fleuve : Un examen plus complet fait ressortir une supériorité incontestable, c’est qu’on peut prévoir à coup sûr dès améliorations considérables que les précédents chemins ne comportaient pas. Au lieu de franchir constamment des montagnes plus ou moins élevées par des ascensions et des descentes brusques, rien n’empêche d’obtenir un chemin presque de niveau en suivant le bord même du Kouilou entre Kakamoëka et la montagne Soussou.

Si les bords du Kouilou eussent été très réguliers, il n’est pas douteux qu’il se serait établi là un chemin depuis longtemps. Les obstacles qu’on rencontre nécessitent quelques travaux qui ne sont pas à la portée des indigènes, mais qui pour nous sont faciles. J’ai’ pu, lors de mes études sur le fleuve, faire pratiquer entre Kakamoëka et Kitabi, c’est-à-dire sur plus de 20 kilomètres, sans autres outils que des machettes et deux ou trois pioches, un sentier de service suffisant à tous mes besoins, et pas plus mauvais que les sentiers indigènes ordinaires. Avec des outils et engins convenables, on pourrait à peu de frais le transformer en chemin muletier et le prolonger jusqu’à la montagne Soussou qu’on contournerait en s’élevant progressivement à partir de la Loubomo. Enfin, si on jugeait utile d’établir une route carrossable ou même un chemin de Fer, on n’aurait pas à s’écarter sensiblement du tracé de ce sentier, et les difficultés d’établissement seraient modérées. Il faudrait un grand nombre de passerelles ou de ponts, suivant la nature du chemin, mais quatre ou cinq à peine seraient des ouvrages importants.

Comme conclusion, la traversée du Mayombé à partir de Loango offre des difficultés considérables. Les sentiers indigènes utilisés jusqu’à présent faute de mieux ne sont généralement pas susceptibles de grandes améliorations les résultats qu’on obtiendrait ne seraient pas en rapport avec les dépenses faites. La seule solution réellement pratique pour une voie de terre consiste à contourner par la trouée même du Kouilou le massif qu’on ne saurait aborder directement. On pourrait à la ‘rigueur prendre Loango pour origine du chemin, mais il y aurait tout avantage à utiliser le Kouilou lui-même jusqu’à Kakamoëka.

VALLÉE DU NIADI DE LOUDIMA BOUENZA ET A LA LOUKOUNI

Je m’arrêterai fort peu à cette région de 130 kilomètres de long environ.

De Loudima à Bouenza, le terrain,est presque plat; il n’y à que l’embarras du choix pour tracer un bon chemin. Il conviendrait d’adopter une ligne à peu près parallèle à la route actuelle qui longe le Niadi, mais un peu plus éloignée du fleuve; les: accidents de terrain sont encore plus faibles.

A partir de Bouenza, les reliefs du sol s’accentuent; mais la recherche d’un tracé longeant le fleuve ne présente pas de grandes difficultés, et cette région ne mérite pas un examen spécial dans l’étude générale qui nous occupe.

Je ne parlerai.pas non plus de la route que j’ai suivie sur le plateau Bayakas à peu près sur le parallèle de Zéli Ngoma. Ces régions sont fort curieuses à divers points de vue. Il y a de très gros villages dont les cases sont bien construites et alignées le long d’une grande rue unique. C’est a ces villages que viennent aboutir les grandes routes de négoce des Batékés. Les Bayakas ne produisent rien par eux-mêmes ils sont commerçants et servent d’intermédiaires pour le trafic de l’ivoire, entre les Batékés et les Bakounis. Ils vont encore fort peu eux-mêmes jusqu’aux factoreries de la côte, mais ils ne, tarderont pas à y aller quand ils seront convaincus que les routes sont sûres. Population en somme peu intéressante, avide et sans courage, comme du reste toutes les races nègres adonnées au trafic.

Au point de vue des voies de communication qui seul ici nous occupe, les plateaux Bayakas ne présentent aucun intérêt. Les bords mêmes du Niadi offrent la meilleure solution possible.

TRAVERSÉE DE LA CHAINE DE MONTAGNE QUI SÉPARE LE NIARI DU CONGO

La chaîne de montagnes qui sépare le Niari du Congo a ]a direction générale du sud-ouest au nord-est. Elle se rattache aux montagnes du Mayombé, mais elle en diffère totalement comme aspect général et nature du sol. Elle n’est qu’en partie boisée, généralement sur les versants est, et les arbres sont relativement très petits. Les reliefs du sol sont moins accentués que dans le Mayombé ; il y a des plateaux découverts et quelques plaines où l’on chemine aisément. Les obstacles que l’on rencontre ne sont pas, à beaucoup près, aussi grands que dans le Mayombé ni le problème d’une voie de communication aussi ardu.

Pour la traversée du Mayombé, j’ai pu indiquer à coup sûr une solution qui est, de toute évidence, très supérieure aux autres. Ici les solutions acceptables sont plus nombreuses, par conséquent, l’incertitude est plus grande dans le choix quand on ne possède que des aperçus généraux. Je ne prétendrai pas indiquer dès à présent le meilleur tracé possible, n’ayant pas assez d’éléments de comparaison. Je me bornerai à quelques éliminations et à des indications générales.

Je reprends à partir de Bouenza. Deux solutions se présentent ou suivre la rive gauche, assez accidentée, ou passer sur la rive droite. La rive droite est bien plus facile et la distance est moins grande, puisqu’on prend la corde de la courbe formée par le fleuve; mais il y a deux traversées du Niadi qui sont de sérieux obstacles. On ne peut pas décider d’avance laquelle des deux rives il faudrait ‘choisir. Cela dépendrait de la nature du chemin à construire, de l’estimation des frais d’établissement, des conditions des transports, etc.

Il faut écarter le chemin que j’ai suivi une fois vers le nord-est, car il allonge inutilement le parcours et traverse une région montagneuse difficile.

Le chemin qui, vers le sud, va rejoindre la Foulacari doit être écarté pour les mêmes raisons.

La Foulacari a une véritable vallée où on pourrait facilement établir un chemin. Il est regrettable que cette région ne puisse pas être utilisée. Elle ne conduit pas au but que nous poursuivons, Brazzaville. Même en acceptant un grand allongement de parcours, ce ne serait pas une solution, car la vallée de la Foulacari est d’un accès très difficile autant du côté de Bouenza que du côté de Brazzaville. Je ne m’arrête donc pas à la description de ce pays, fort intéressant pourtant à beaucoup de points de vue.

Je ne vois pas d’autre manière d’aborder convenablement la chaîne de montagnes qui sépare la Niari du Congo que par le col de Comba, où passe le chemin actuel des caravanes, ou bien par la trouée de la Loukouni. Les deux solutions sont également acceptables a priori sous réserves d’un examen plus complet.

En suivant la Loukouni, on s’élèverait sur le plateau où se trouve la limite des bassins en s’écartant sensiblement vers le nord de la ligne qui va directement au Pool. La Loukouni est une rivière à pente générale très forte. Elle coule en cascades pittoresques dans un lit formé de roches calcaires extrêmement irrégulières et déchiquetées. Elle a les contours les plus capricieux et n’a pas trace de vallée dans la majeure partie de son cours. Les eaux du plateau, recueillies par divers cours d’eau secondaires, se sont frayé un chemin autrefois comme elles ont pu a travers les roches qui constituent la carcasse de la chaîne de montagnes, et le lit de là Loukouni s’est formé par une érosion lente des parties tendres. Je ne vois pas de ce côté de grandes facilités pour l’établissement d’un chemin le long de la rivière ; j’estime au contraire que les difficultés seraient grandes.

Il serait plus facile, je crois, de suivre à partir de Comba une ligne se rapprochant des montagnes qu’on aperçoit au sud et de s’élever progressivement jusqu’à la ligne de partage des eaux. Les deux solutions méritent, le cas échéant, d’être examinées de plus près et cpmparées au point de vue des dépenses et des résultats.

A égalité d’avantages, lorsqu’il s’agit simplement d’atteindre la ligne de faîte, la deuxième solution par le col de Comba devrait encore, je crois, être préférée.

La Loukouni en effet amène en un point du plateau d’où la descente est remplie de difficultés. En outre, le voisinage du Djouë, où l’on serait conduit, est bien une des régions les plus difficiles à parcourir que je connaisse. Elle est boisée et accidentée d’une façon très irrégulière. Je ne vois pas la possibilité d’y établir une voie de communication quelconque sans de gros travaux.

Au sud, dans la région même que traverse la route des caravanes de Brazzaville, on peut atteindre assez facilement le bassin de la rivière Minié, affluent de la Foulacari, puis passer dans le bassin de la Mézia, affluent du Djoué, par le col très bas de Macabendilou. Le bassin de la Minié n’offre pas de difficulté sérieuse, le sol est marécageux.

Après le col de Macabendilou, le pays devient très accidenté. On ne pourrait suivre que de loin le chemin des caravanes. Je crois qu’il conviendrait de s’en éloigner un peu vers le sud pour tâcher de rencontrer des lignes de faite moins découpées. C’est une étude de détail à faire.

En résumé, il résulte de cet examen rapide que deux solutions principales s’offrent pour franchir la chaîne qui sépare le Niari du Congo :

  1.  Par la Loukouni et le bassin du Djoué;
  2.  Par les cols de Comba et de Macabendilou, en suivant dans ses lignes générales la route ordinaire des caravanes

Sans pouvoir prendre parti d’une manière absolue, comme je l’ai dit plus haut, j’ai  tout lieu de croire que la deuxième solution donne en même temps le tracé le plus direct et celui qui offrira le moins de difficultés dans l’exécution, Il y aurait lieu, dans tous les cas, d’examiner la question de plus près avant de prendre une décision définitive.

Ici se termine l’exposé sommaire que j’avais annoncé. Je me suis placé au point de vue exclusif de l’étude d’un tracé de chemin. Pour donner une idée générale un peu complète de ces régions, il aurait fallu aborder un grand nombre de sujets, ce qui m’eût entraîné trop loin. Je me suis efforcé de ne pas sortir du cadre étroit que je m’étais tracé, savoir la recherche d’un tracé de voie de communication par terre entre le Congo navigable et. la mer. Je pense avoir traité cette question avec assez de détails pour être compris de ceux qui ne connaissent pas le pays et qui auront ma carte en main.