René Maran (1887-1960) – Guyanais – Administrateur colonial en AEF et Prix Goncourt 1921

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Page de titre et frontispice de « Batouala » de René Maran, Prix Goncourt en 1921

Bien moins connu que Félix Eboué, son contemporain, René Maran était lui aussi afro descendant et guyanais. Comme Eboué, il fut nommé administrateur colonial en Afrique Equatoriale Française avant de se consacrer à la seule écriture. Il fut le premier noir a être couronné au palmarès du prestigieux prix Goncourt.

René Maran - 1930

René Maran – 1930

René Maran est né le sur le bateau qui mène ses parents guyanais à la Martinique. Sa naissance est déclarée à Fort-de-France le . Ses parents, partis au Gabon (où son père, Léon Herménégilde Maran, occupait un poste administratif colonial), le mettent en pension, dès l’âge de sept ans, au lycée de Talence puis au lycée Michel de Montaigne de Bordeaux. Il y rencontre Félix Éboué.

René Maran débute en littérature en 1909 dans la revue lilloise de Léon Bocquet : Le Beffroi. Il quitte Bordeaux en 1910, après des études de droit, et devient administrateur d’outre-mer en Oubangui-Chari en 1912. Il écrit des poèmes, puis son roman Batouala – Véritable roman nègre, encouragé en cela par son ami Philéas Lebesgue qu’il vient rencontrer à Beauvais dès 1915. Il obtient le prix Goncourt en 1921. Dans la préface de ce roman (et la préface seule), René Maran dénonce certains aspects de la colonisation, ce qui entraîne des controverses et lui vaut des inimitiés. Il met fin à sa carrière coloniale quelques années plus tard et continue celles d’écrivain et de journaliste littéraire et de radio à Paris où il résidera dorénavant. Durant la Seconde Guerre mondiale, il n’est pas inquiété par les autorités occupantes.

Dans son œuvre romanesque inspirée par l’Afrique, il lui arrive de montrer les rapports parfois difficiles entre Noirs et Blancs. Il est aussi un excellent écrivain animalier et dénonce la cruauté des hommes envers les animaux. Très attaché à la France, Français patriote en dépit de certains griefs qu’il exprime dans sa très belle correspondance avec Philéas Lebesgue, il écrit des biographies qui retracent la vie de « grands Français », notamment de ceux qui ont découvert les terres du futur Empire français. Dans sa correspondance, il cite souvent les trois plus grands amis qu’il admire1 : Félix Éboué, Philéas Lebesgue et Manoel Gahisto 2.

Dans les années 1930, René Maran fréquente le salon littéraire de Paulette Nardal où il rencontre Léopold Senghor, Aimé Césaire, Jean Price Mars3. René Maran exprime des réserves sur le mouvement naissant de la négritude dont il dénonce les dangers :

« Considéré par les Noirs comme un précurseur de la négritude, il avouait qu’il la comprenait mal et avait tendance à y voir un racisme plus qu’une nouvelle forme d’humanisme. Il se voulait, par-dessus tout et avec obstination « un homme pareil aux autres » » — Lilyan Kesteloot4.

Il est enterré à Paris, au cimetière du Montparnasse (11e division5).

Œuvres

Principaux ouvrages

René Maran est le premier Français noir à obtenir le prix Goncourt en 1921 avec son roman Batouala – Véritable roman nègre, dont la préface dénonce certains excès du colonialisme. Batouala décrit le rite initiatique de la Gan’za, cérémonie de circoncision et d’excision.

  • 1912 La Vie intérieure, poèmes 1909-1912, Paris, Ed. du Beffroi, 157 p.
  • 1921 : Batouala – Véritable roman nègre, prix Goncourt,dédié à son « très cher ami Manoël Gahisto », Paris, Ed. Albin Michel, 169 p. (notice BnF no FRBNF308753665)6
  • 1922 Le Visage calme, Paris, Ed. du Monde nouveau, 87 p.
  • 1924 Le Petit roi de Chimérie, Paris, Ed. Albin Michel, 237 p.
  • 1927 : Djouma, chien de Brousse, roman, Paris, Ed. Albin Michel, 253 p.
  • 1931 : Le Cœur serré, autobiographie, Paris, Ed. Albin Michel, 252 p. (notice BnF no FRBNF36566415w)
  • 1934 : Le Livre de la brousse, roman, Paris, Ed. Albin Michel, 287 p. (notice BnF no FRBNF324155542)
  • 1935 Les Belles images, poèmes, Bordeaux, Ed. Delmas, 83 p.
  • 1941 : Bêtes de la brousse, Paris, Ed. Albin Michel, 253 p. (notice BnF no FRBNF32415543d)
  • Brazza et la fondation de l’A.E.F
  • 1943 Les Pionniers de l’Empire (tome 1), Paris, Ed. Albin Michel, 331 p.
  • 1943 : Mbala, l’éléphant, Illustrations de André Collot, Paris, Ed. Arc-en-Ciel, 187 p. (notice BnF no FRBNF324155600)
  • 1944 : Peine de coeur (dédié à Lucien Descaves), Paris, S.P.L.E., Ed. Univers, 207 p.
  • 1946 : Les Pionniers de l’Empire (tome 2), Paris, Ed. Albin Muichel, 413 p.
  • 1947 : Un Homme pareil aux autres, « dédié à Lucien Descaves, en témoignage de ma reconnaissance et de ma gratitude. », Paris, Ed. Arc-en-Ciel, 248 p. (notice BnF no FRBNF32415549g)
  • 1958 : Le Livre du souvenir, (notice BnF no FRBNF32415559s)

Notes et références

  1. François Beauvy, Philéas Lebesgue et ses correspondants en France et dans le monde de 1890 à 1958, thèse de doctorat, 2003, Université de Paris X – Nanterre, publiée par Ed. Awen, 2004, 674 p.
  2. Jacques de Cauna, Article René Maran [archive] in Le Dictionnaire de Bordeaux : iiie siècle av. J.-C.XXIe : iiie siècle av. J.-C.2006, Paris, Loubatières,‎ .(notice BnF no FRBNF40147783m)
  3. Sur René Maran et Gaston Monnerville, consulter Bernard Mouralis, « René Maran et Gaston Monnerville : entre négritude et radicalisme » [archive], sur redalyc.uaemex.mx, Francofonia, 14, 2005,‎ (consulté en )
  4. Lilyan Kesteloot, Histoire de la littérature négro-africaine [archive] : xxe ‑ xxie siècle : 1930-2001, Paris, Karthala Editions,‎ .(notice BnF no FRBNF37651181r)
    Consulter fascicule Le fonds René Maran à la bibliothèque municipale (B.M. Bordeaux, 2007, 19 p.Jean Michel Andrault, « Batouala (1921) et René Maran » [archive], Jean Michel Andrault, Hommages René Maran.pdf,‎ (consulté en )
  5. Le Cimetière Montparnasse, Marie-Laure Pierard, p. 187, éditions De Borée, 2009.
  6. Edition de 1928 illustrée par Alexandre Iacovleff, (notice BnF no FRBNF30875367h)