Syncrétisme : Lassy Zéphirin (1905-1974) par Albert Sakala

Lassy

Simon Zephyrin Lassy est né à M’pita (Tchikoungoula) en 1905 de Sakala Louis et de Tchissimbou Tchingoma. Il est le fondateur d’une église messianique dont le nom dérive du sien, le lassysme.

Koumbi Libouilika, le village de son grand-père, N’fouka Lassi, était situé à l’actuel emplacement de l’aéroport de Pointe-Noire. Son enfance fut insouciante, mais brève. Dès l’âge de dix-sept ans, fuyant avec frère Louis Sakala les recrutements forcés des miliciens coloniaux pour la construction du chemin de fer Congo-Océan, avide de vies humaines dans l’enfer du Mayombe (un mort par traverse dit-on), il partit, via Cabinda, pour le port en eaux profondes de Matadi au Congo Belge. Ils y cherchèrent du travail. Après avoir pratiqué plusieurs métiers (charpentier, menuisier…), il embarqua sur un navire belge en qualité de crewman.

En 1935, à Anvers, il fut recruté par un club de boxe en raison de son impressionnante carrure d’athlète. Il boxa jusqu’à l’entrée en guerre des alliés en 1940.

A la fin de la guerre, il fut démobilisé et pratiqua en Europe la danse et encore la boxe.

En 1945 de retour au Congo Francais, il s’installa comme commerçant à Brazzaville sur les terres du chef Téké Moungali. Puis il revint comme planteur à Dolisie. C’est là en 1948 qu’il aurait reçu la révélation divine. Il resta durant deux ans cloitré en ermite à son domicile. Il était considéré comme dément. Avec ses cheveux, sa longue barbe et surtout un regard que personne ne pouvait soutenir il n’inspirait que la crainte. Un responsable de l’Armée du salut parvint à l’approcher. Son épouse dut rentrer avec les enfants dans sa famille à Pointe-Noire. C’est là que débuta son engagement religieux.

Il débuta son ministère vers 1953 à la même période que Malanda ma Croix-Koma. Il commanda la destruction des fétiches, désenvouta et soigna les malades à l’aide de prières et grâce à l’imposition des mains. La bougie, l’eau bénite et le linge blanc barré de rouge (mpémvé) furent utilisés pour chasser les démons. Ils sont à la base de la liturgie du bougisme ou Nzambi ya bougie! Lassy Zéphiryn revendiqua la liberté et l’émancipation des congolais sous toutes les formes et s’associa avec ses pairs Kimbanguistes et Matsouanistes pour décrier les exactions commises sur les populations autochtones par l’administration coloniale. Il entreprit une campagne de boycott contre les missions étrangères (catholiques et protestantes) représentant l’occupant. Cette résistance pacifique et messianique lui valut tracasseries, représailles et persécutions de la part de l’administration coloniale. Il reçut le soutien du roi Mâ Louango, ancien combattant comme lui et de la plupart des dignitaires vili.

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A l’indépendance, il se recentra sur son ministère de délivrance et de guérison. Le nouveau pouvoir l’aida à s’installer pour consolider la nouvelle nation naissante par le biais d’une église à assise nationale. Le Lassisme prit tellement d’envergure que tous les ressortissants du Kouilou y participèrent. En 1956 Stephane Tchitchélé battit Felix Tchicaya, député du moyen Congo à l’assemblée française, aux éléctions municipales et fut élu maire de Pointe-Noire; parce qu’il utilisa sur ses bulletins de vote le sigle du CPA (la croix surmontée d’un croissant de lune avec une étoile à cinq branches, frappé d’un soleil au centre duquel se trouve un œil). Des temples du CPA (christianisme prophétique en Afrique) poussèrent partout au Congo et dans la sous région : Zaire, Gabon, Centrafrique, Angola-Cabinda, jusqu’au Nigeria et en Côte d’ivoire.

Lassy les pieds dans le Gange à Benares (Inde)

Lassy les pieds dans le Gange à Benares (Inde)

Alors que Simon Kimbangou était emprisonné dans les geôles coloniales, il instruisit son épouse de demander à Lassy Zéphirin d’imposer ses mains sur la personne de son fils afin qu’i prenne la tête de l’église kimbanguiste.

En 1968, un grand maitre Yogi l’invita à participer à un tournoi en Inde où il fut soumis à des tests desquels il sortit vainqueur. On lui décerna le titre de Sri : seigneur roi des indes. Dès lors, pour bénir l’eau, combattre les sorciers et chasser les démons, il devait prononcer la formule: christ koma bakti ratna. Le jour de son arrivée à Pointe noire fut déclaré chômé et payé. Toute la ville était décorée et pavoisée aux couleurs du CPA : vert, jaune, rouge, bleu et blanc. Une foule bigarrée et joyeuse se massa le long des avenues avec des fanions et drapelets blancs à la main. Il fut accueilli par le président de la République en personne à sa descente du navire.

En Inde

En Inde

Dans les années 70, Lassy s’impliqua avec le président Marien Ngouabi dans la lutte de libération de l’Angola-Cabinda. Il fit construire des écoles et des dispensaires de brousse qu’il offrit à l’Etat.

Jusqu’à sa mort, à Pointe-Noire en 1974, le prophète Lassy soigna les maladies psychiatriques, les états paroxystiques et les maladies dites mystiques. Le CPA fut la dernière religion congolaise arrivée en date et le Lassisme a été à son tour, après le Kimbanguisme et le Matsouanisme, déclarée efficace pour lutter contre les sorciers et conserve cette réputation jusqu’à aujourd’hui. Son neveu le pasteur Sakala Louis Gaspard lui succéda en 1974 et son fils le pasteur supérieur Sakala Lassy André en 1980, dirigeant éclairé comme son père, il fut élu député au congrès mondial de la paix à Prague (Tchécoslovaquie) en1984.

Albert Sakala
(Vauréal France)

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