Théousse Bernard – Le « mouton noir » de Bwali

Théousse Bernard, dignitaire de Bwali, fut un personnage hors du commun dans l’histoire du Royaume. (Bwali est l’ancien nom du royaume de Loango. Il désigne davantage aujourd’hui l’ensemble de ses Sages).

Théousse n’avait qu’un quart de sang noir, pourtant il n’était que Loango. Il vivait Loango, se nourrissait Loango, pensait Loango.

Initié, il est entré au conseil de Bwali. Certains ne l’ont jamais accepté. Nous n’avons aucune compétence pour prendre le moindre parti dans cette querelle qui court encore.

Il nous a quelque fois reçus devant sa maison de modeste apparence à Diosso où il s’était retiré. On ne le voyait plus guère dans son restaurant à Sympatic.

Théousse était une bibliothèque, ses archives mériteraient sans doute conservation. Lors de notre enquête sur l’historique du projet Sounda, il nous a produit de nombreux documents inédits se demandant, après que 50 années se soient écoulées, s’il avait bien le droit de les dévoiler. Mais il nous a fournis également de mémoire bien des récits, comme ceux des missions qui lui furent confiées au tout début des années soixante, pour négocier avec la Guinée Konakry de Sékou Touré des accords pour la fourniture de bauxite afin qu’elle soit traitée avec l’électricité de Sounda.

Exposition Théousse Bernard à la Chambre Consulaire de Pointe-Noire

Didier Sylvestre Mavouenzéla, le très dynamique président de la Chambre Consulaire de Pointe-Noire, à voulu rendre hommage à l’un de ses prédécesseurs à la direction de cette institution, Théousse Bernard, grâce auquel la Chambre Consulaire put renaître de ses cendres alors qu’elle était bien proche de la disparition.

Dire que cette exposition est une fantastique opportunité de connaître un des hommes qui a contribué à faire l’histoire du Kouilou dans le dernier demi-siècle et un peu plus, serait exagéré. Les photos manquent de commentaires et sont peu nombreuses. Certaines nous ont paru hors sujet, mais peut-être n’avons-nous pas su trouver le lien.

Nous aurions aimé que l’exposition aille davantage vers l’homme que vers son œuvre, qu’on nous présente des objets, comme son bonnet ou sa canne.

Nous supposons que l’essentiel du travail a été fait par le directeur artistique de l’exposition et que les moyens qui lui ont été fournis étaient (du moins en éléments matériels) peu fournis. Frédéric Pambou, le Commissaire Général, n’a certainement pas eu le temps de faire plus que la rédaction de son dithyrambe un peu vitriolé. Il aurait peut-être fallu s’adjoindre un historien et/ou un documentaliste pour que cette exposition soit vraiment attrayante.

Grand merci à Luc Kondji qui nous a donné l’ensemble des documents informatiques de l’expo, et à Didier-Sylvestre Mavouenzéla pour l’y avoir autorisé.

Tout ce qui suit en provient.

Ya Sanza

 

La légende de Théousse Bernard
Le dernier des Mohicans Loango

par Frédéric Pambou

Directeur du Centre d’Etudes des Civilisations Loango

« Sais-tu que le plus puissant Roi de Loango, Kamango Ukam’Umbu dit Moe Poaty 1er était un avatar ? »

Ainsi me parlait Théousse Bernard, ne sachant pas que plus tard il devait devenir le dernier des Mohicans Loango.

Qui était en réalité Théousse Bernard, le Mwane Tchimbamba « l’enfant du blanc » et par syllogisme donc le Blanc ?

Voici quelques détails de son parcours « Arc-en-ciel »

De son vrai nom Tchissambo Bernard, Théousse (sans doute par nostalgie à  deus donc à Diosso) est un double métis. De part son père blanc et de sa mère métisse (mamaille, en langue locale) l’équivalent des célèbres Signares qui furent la gloire de Saint Louis du Sénégal, Théousse Bernard fut malgré tout, le plus noir parmi les noirs tant il fut l’ardent défenseur des valeurs traditionnelles.

Il eût pour idéal-type le Président J.J. Rawlings.

Cette naissance sous une bonne « étoile » lui permit de fréquenter l’école des métis et d’accéder au statut de cadre Africain « évolué ».

Ce rang social lui fit rapidement gravir tous les échelons professionnels pour atteindre dans l’enseignement le grade tant envié à l’époque d’inspecteur de l’Enseignement.

« Monsieur l’Inspecteur » fut un homme politiquement engagé à côté de Jacques Opangault dans le Mouvement Socialiste Africain (MSA) qu’il choisit au détriment du Parti Progressiste Congolais (P.P.C) de son compatriote Jean Félix Tchikaya.

La vision fortement républicaine et Unitaire des leaders politiques de l’époque l’amenèrent à assumer la fonction de Directeur de Cabinet (Ministre-Directeur de Cabinet aimait-il à préciser) auprès du premier vice-président de la République Jacques Opangault. Sa loyauté à le servir lui avait valu de peu de se présenter comme Député à Boundji contre Antoine Létembet Ambily.

C’est cette même loyauté qui lui fit connaitre à l’aube de la révolution la sinistre geôle de Djambala…

Avec l’avènement au Congo, d’un régime Marxiste-léniniste et pour des raisons de fidélité, Théousse prit congé de la politique.

Il ne s’en détourna pas totalement. Nostalgique de la grandeur passé des Loangos associé à diverses revendications loyales qui avaient pour nom : Autonomie, République du cristal, coup d’Etat de Mipita, inculturation de l’église catholique, centime additionnel.

Incompris,Théousse connut une seconde fois la geôle et faillit y perdre sa vie, n’eut été l’indignation et la réprobation unanime de ses compatriotes et la magnanimité du Président  Marien NGOUABI.

Au sortir de cette deuxième épreuve de feu, l’homme cultiva à perfection ses deux jardins de la double spiritualité occidentale et Loango et s’engagea dans la bataille sociale :officiant le centenaire de l’église catholique de Loango, de l’UNICEF, du PAM des œuvres caritatives et sociales au profit des populations vulnérables d’autre part.

Il se vêtit par la même occasion de la qualité d’historien traditionaliste et devint un référent local suprême.

Ce fut un long fleuve tranquille jusqu’au jour de cette rencontre mémorable avec le Centre d’Etudes des Civilisations Loango où il fut question de la Restauration du Royaume de Loango.

Robespierrien ?  Théousse n’entendait pas au départ, avec bien d’autres d’ailleurs, faire exister un Royaume dans la République. Il dût pour changer d’avis avoir subi « l’épreuve des Esprit ».

La révélation qu’il reçut le transfigura ; il s’investit comme « Faiseur de Roi » Président des Dignitaires de Bwali.

De par son investissement total pour la bonne cause, le Centre d’Etudes des Civilisations Loango l’élèvera à la dignité de Grand Mécène, Protecteur des Arts et des Lettres Loango.

Il eût un matin, il eût un soir ; nous eûmes un roi, puis deux quelque soit la manière.

Par la suite, nos chemins divergèrent.

Au soir de sa vie, sentant l’hallali, (l’appel des Ancêtres), Théousse se replia comme le serpent-totem de la légende sur ses terres magiques de Diosso pour mener l’Ultime combat contre cette « Mort » qui jamais ne l’effrayait.

Et le glas sonna et Théousse fut Enchanté.

Qui reprendra le flambeau de ce « lanceur d’alerte » avant la lettre ?

Théousse, tu es notre conscience malheureuse.

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