Yasuke ( 彌介 ), le premier samouraï non japonais était-il congolais ?

Nanban Group YASUKE THE AFRICAN SAMURAI as a servant slave

Un post de Mounkala Mahicka sur facebook nous a appris l’existence de ce samouraï peu commun. Nous avons tenté d’en savoir un peu plus.

L’existence de Yasuke est notamment rapportée par l’História do Japão (1583 – 1597), du père jésuite Luís Fróis (1532-1597), l’Histoire ecclésiastique des îles et royaumes du Japon, du père François Solier (1558-1638), qui se serait inspiré du premier et par le Shinchôkôki, chroniques de la vie d’Oda Nobunaga rédigées par l’un de ses hommes. Loin d’être rejetée par la mémoire japonaise, plus de quatre siècles plus tard, cette histoire reste légendaire. On sait pourtant combien les Japonais restent méfiants envers les étrangers, notamment noirs.

Selon ce que rapporte Mounkala Mahicka : « Né vers 1550 il [Yasuke] débarque au Japon vers 1579 dans les bagages du jésuite Italien Alessandro Valignano dont il est l’esclave. Il est le premier noir que les japonais de cette époque voient. Nombreux ayant rapporté le témoignage de cette rencontre sont décapités, accusés de mensonge éhonté et grave dont ils refusent de se repentir. Il arrive au palais du puissant seigneur Nabunaga, qui est vite fasciné par sa force et son intelligence. Le seigneur Japonais le rachète, le libère, le baptise du nom de Yasuke, lui offre une maison et sa fille adoptive en mariage. De son côté Yasuke se fait de bonne compagnie, parlant rapidement la langue japonaise et maîtrisant les arts martiaux avec l’avantage de son physique bien plus costaud que celui des Japonais de l’époque (il mesurait 1,88m). Il recevra l’honneur inédit pour un étranger d’être fait samouraï. A la cour où il était une attraction permanente, on l’appelait souvent Kuru-san, qui peut se traduire par Monsieur le Noir. Après la défaite de son maître, puis du fils de celui-ci, il fut rendu par les vainqueurs aux jésuites en 1782 et on perdit sa trace. »

D’où venait Yasuke

L’article de Romain Mielcarek, que nous vous présentons infra nous dit :  » Les historiens ont longtemps hésité sur l’origine de ce dernier, envisageant sa provenance du Congo. Les études les plus récentes confirment cependant qu’il s’agissait d’un makua, ethnie majoritaire de son Mozambique natal, dont le vrai nom était Yasufe. » 

Nous nous garderons d’être aussi catégorique, puisqu’au Congo, aussi, existe une ethnie makua, makoua, makwa (selon les auteurs) et que les jésuites œuvrèrent de la même manière en royaume Kongo et au Mozambique. La source Wikipédia nous dit d’ailleurs : « Yasuke naît dans le royaume des Bakongos, probablement dans les années 1530 ou 1540. Bakongo (dans l’actuel Congo) fait à l’époque un commerce extensif avec lesPortugais. Le futur Yasuke est capturé ou vendu comme esclave et finit comme propriété des Jésuites, dont il accompagne l’expédition au Japon. » Remarquons toutefois que l’ethnie makoua ne fait pas partie du groupe kongo, cependant Yasuke aurait fort bien pu être razzié par des kongo, puis être revendu aux jésuites en tant qu’esclave.

Autre divergence

Pour Romain Mielcarek : « L’histoire termine cependant mal. Alors qu’il a pris le contrôle des deux tiers du Japon, Nobunaga passe du temps dans la capitale, dans le temple de Honno-ji, en 1582. Il n’est accompagné que de quelques dizaines de gardes, dont Yasuke, se pensant en sécurité en plein cœur de son territoire. L’un de ses généraux, Akechi Mitsuhide, le trahit et encercle la place. Les hommes de Nobunaga se battent comme ils peuvent mais sont contraints de se rendre ou de fuir. Acculé, il opte pour le suicide rituel, seppuku.
Yasuke, lui, rejoint le fils de son seigneur, Oda Nobutada. Pendant leur repli vers le château de Nijo, ils sont pris par les troupes de Mitsuhide. Le samouraï mozambicain se bat, avant d’être finalement capturé. Pour le félon, l’Africain est une « bête » qui n’a rien de japonais. Il décide de le faire livrer aux jésuites… qui n’ont laissé aucune trace permettant de savoir ce qu’est devenu le samouraï noir. »  à contrario Wikipédia nous raconte : « Quand Nobunaga est assassiné en 1582, Yasuke fait partie de ses défenseurs et meurt en héros en tentant de défendre son seigneur. »

On sait pourtant que les japonais n’avaient guère l’habitude de s’encombrer de prisonniers préférant exécuter les ennemis défaits. Pourquoi, auraient-ils fait exception pour Yasuke ?

Portugal - Japan

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Yasuke: le premier samouraï étranger était africain

Porter les deux sabres, symboles de la caste des samouraïs, n’était pas donné à tout le monde. Le premier étranger à avoir obtenu ce privilège était un Mozambicain. L’histoire de Yasuke est digne d’un roman : l’esclave africain est devenu homme de confiance de l’un des plus grands seigneurs de guerre du Japon féodal.

« Il mesurait six shaku et deux sun [NDLR: près de 1,90mètres]. Il était Noir… et sa peau était comme du charbon de bois. » Ce témoignage est l’un de ceux qui ont traversé l’histoire du Japon féodal. Matsudaira Ietada, un samouraï, y raconte la première fois qu’il vit, en 1582, Yasuke le samouraï noir.

Les récits de cette époque, compilés par des observateurs japonais et européens, évoquent l’étonnante relation entre l’un des plus grands seigneurs de guerre de l’histoire de l’archipel, Oda Nobunaga, et un esclave venu d’Afrique. Les historiens ont longtemps hésité sur l’origine de ce dernier, envisageant sa provenance du Congo. Les études les plus récentes confirment cependant qu’il s’agissait d’un Makua, ethnie majoritaire de son Mozambique natal, dont le vrai nom était Yasufe.

« Monsieur Noir »

Lorsqu’il arrive au Japon, probablement en 1579, Yasuke est le serviteur d’un jésuite italien, Alessandro Valignano, en charge de vérifier les missions de son Eglise dans les Indes (qui incluent à l’époque l’est et le sud-est asiatiques). Les jésuites sont alors en train de bâtir leurs premières églises sur l’archipel.

Si les Japonais ont commencé à s’habituer à voir circuler des commerçants blancs européens, ils découvrent pour la première fois des hommes noirs, venus d’Afrique. La chose est tellement inimaginable à l’époque que certains témoins auraient été exécutés pour avoir raconté leur expérience, soupçonnés de mensonges éhontés.

Outre le fait qu’il est noir, Yasuke est du fait de sa taille beaucoup plus grand que les Japonais de l’époque : un personnage au delà du réel pour ses contemporains de l’archipel. Il montre des aptitudes dans l’apprentissage des langues et acquiert rapidement des notions de japonais. Ceux qui le croisent l’auraient surnommé « kuru san », « Monsieur Noir ».

Yasuke et Nobunaga, rencontre entre deux exceptions

Oda Nobunaga est alors en train de tenter d’unifier l’archipel. Conquérant hors normes, il entend parler de la rumeur de l’homme noir et demande à le rencontrer. Surpris, il cherche d’abord à le déshabiller et à le laver, soupçonnant un subterfuge comme de la peinture ou de la suie. Il s’enthousiasmera des capacités physiques et intellectuelles du Mozambicain et réclamera à son propriétaire de le garder à ses côtés.

Le Japon en 1582 – Nobunaga entama l’unification du Japon et parvint avant sa mort à en dominer une grande partie. Zakuragi

Nobudaga est, à l’époque, un curieux personnage. Dans son enfance, il est appelé « Owari no Oitsuke », le « pitre d’Owari ». Petit, il est en effet connu dans sa région pour ne pas respecter les exigences propres à son rang et de se laisser aller à courir avec n’importe quels enfants. Lorsqu’il deviendra l’un des plus grands conquérants du Japon, il continuera d’entretenir des pratiques étonnantes. Amateur de poésie et de cérémonie du thé, il ouvre le pays aux chrétiens, sans pour autant se convertir ; collectionne les objets venus d’Occident et n’hésite pas à apparaître vétu de tenues européennes ; développe le commerce avec les étrangers. Enfin, il n’hésite pas à récompenser des gens de basse-extraction en leur attribuant des positions toujours plus élevées.

C’est probablement son caractère qui l’amène à se montrer aussi ouvert face à Yasuke. Si la présence du Mozambicain est le gage d’une attraction systématique en public, Nobunaga lui accorde une véritable confiance. Yasuke est nommé samouraï et obtient le droit exceptionnel à l’époque de porter les deux sabres propres à ce rang. Nobunaga lui offre un katana, une maison et lui fait porter sa lance personnelle.

Yasuke, une « bête » qui n’a rien de japonais

L’histoire termine cependant mal. Alors qu’il a pris le contrôle des deux tiers du Japon, Nobunaga passe du temps dans la capitale, dans le temple de Honno-ji, en 1582. Il n’est accompagné que de quelques dizaines de gardes, dont Yasuke, se pensant en sécurité en plein cœur de son territoire. L’un de ses généraux, Akechi Mitsuhide, le trahit et encercle la place. Les hommes de Nobunaga se battent comme ils peuvent mais sont contraints de se rendre ou de fuir. Acculé, il opte pour le suicide rituel, seppuku.

Yasuke, lui, rejoint le fils de son seigneur, Oda Nobutada. Pendant leur repli vers le château de Nijo, ils sont pris par les troupes de Mitsuhide. Le samouraï mozambicain se bat, avant d’être finalement capturé. Pour le félon, l’Africain est une « bête » qui n’a rien de japonais. Il décide de le faire livrer aux jésuites… qui n’ont laissé aucune trace permettant de savoir ce qu’est devenu le samouraï noir.

L’existence de Yasuke est notamment rapportée par l’Histoire ecclésiastique des îles et royaumes du Japon, du père François Solier ; et par le Shinchôkôki, chroniques de la vie d’Oda Nobunaga rédigées par l’un de ses hommes. Plus de quatre siècles plus tard, cette histoire reste légendaire tant les Japonais restent méfiants envers les étrangers, notamment noirs. De fait, Yasuke fût l’un des rares, à cette époque, avant l’Anglais William Adams et le Français Eugène Collache, à porter les attributs des célèbres chevaliers nippons.

Une estampe dépeignant l’attaque du Honno-ji, lors de laquelle Oda Nobunaga fût contraint de se donner la mort.Watanabe Nobukazu (1872-1944)